CHAPITRE X
plots avec les vaincus rejetés à la côte d'Afrique et toujours menaçants pour l'Espagne, dont ils fatiguaient le littoral par leurs pirateries. Les Juifs, outre qu'ils pressuraient le peuple par des usures sans frein, avaient réussi à introduire des affidés jusque dans le sanctuaire et dans des charges importantes. L'intérêt de la patrie et de la religion réclamait une grande vigilance et une sévère répression; et le tribunal de l'inquisition fut établi , par l'initiative des cortès et aux applaudissements de tout le peuple , pour veiller au salut du pays, à la conservation de sa foi et de sa liberté, contre des ennemis dangereux, hypocrites et cachés.
Au milieu du xvie siècle, sous Philippe II, l'inquisition d'Espagne devint plus vigilante et plus sévère encore, parce que le danger s'était accru pour l'unité religieuse et pour la paix publique. Le protestantisme avait suscité des troubles affreux, inondé de sang une partie de l'Europe. Il importait qu'il ne pénétrât pas en Espagne, et il employait tous les moyens imaginables pour y parvenir, jusqu'à faire passer dans des tonneaux de vin les écrits incendiaires de ses partisans. Et l'on conçoit ses efforts; car il avait rencontré partout l'Espagne, chevalier armé de l'Eglise et de la papauté, et rien ne lui eût coûté pour triompher de ce redoutable adversaire. Des précautions minutieuses furent prises, afin de lui barrer le passage et de faire disparaître les premières traces de sa présence au delà des Pyrénées.
Aussi, pendant que l'Europe était à feu et à sang,
tandis que les guerres de religion ravageaient l'Allemagne, la France et l'Angleterre, la paix régnait en Espagne; la littérature et le théâtre tlorissaient ; les arts et les sciences acquéraient le plus haut degré de splendeur. Le tribunal de l'inquisition condamna des coupables; mais il fit moins de victimes en un siècle que le protestantisme en un an. Supprimé en 1812, il n'appliquait plus, et depuis longtemps, la terrible législation créée pour un autre âge et pour d'autres circonstances.
On peut dire que l'Espagne lui doit en grande partie ce qui fait sa gloire et sa force, l'unité de croyance, la fidélité aux traditions religieuses et nationales. Que fût-il arrivé , grand Dieu ! au sein de ce peuple espagnol ardent, passionné, enclin même au fanatisme par suite de sa longue lutte contre les musulmans , si les dissensions religieuses avaient éclaté dans son sein, elles qui ont si affreusement remué les lourds Allemands et les froids Anglo-Saxons?
Sans doute la procédure suivie par Y inquisition nous paraît aujourd'hui défectueuse; mais elle était cependant moins imparfaite que celle des tribunaux ordinaires, qu'on n'incrimine pas et qu'on fait semblant d'oublier. La torture, par exemple, était partout pratiquée pour obtenir l'aveu du coupable, et c'est Louis XVI qui l'a abolie en France; le juge, sans s'apercevoir d'une sorte de contradiction dans laquelle il tombait, croyait, tant il avait peur de condamner un innocent, ne pouvoir mettre sa conscience à l'abri que derrière l'aveu du coupable. Mais pour-