CHAPITRE X
quoi donc reprocher à l'inquisition seule ce qui ne lui est pas propre, ce qui était un fait général dont on ne comprenait pas le mauvais caractère ? Pourquoi encore ajouter à la peinture d'une réalité bien assez douloureuse une fantasmagorie propre à fausser le jugement en exaltant l'imagination? Pourquoi ne pas dire que devant l'inquisition l'aveu et le repentir sauvaient le coupable , ce qui n'a lieu devant aucun autre tribunal institué par les hommes?
On attaque beaucoup l'appareil lugubre des autoda-fé : les Espagnols appelaient auto-da-fâ ou acte (judiciaire) de foi l'exécution des jugements de l'inquisition, spécialement de ceux qui condamnaient au supplice du feu. Le peuple assistait à ce spectacle, où les condamnés à mort paraissaient vêtus de la sa marra grise, ou scapulaire semé de flammes; les autres portaient le sanbvnito, ou chemise de toile jaune, avec une croix de Saint-André peinte en rouge. Us étaient coiffés du bonnet de carton ou carocha , peint de flammes et d'images du diable, et ils s'avançaient tenant un cierge de cire jaune à la main. Ce n'était pas par dérision, ni pour aggraver la peine du condamné; mais on avait en vue de le convertir luimême , de frapper l'esprit de la foule et de la détourner du mal plus efficacement. *
La peine du feu est atroce, et n'est plus dans nos codes. Mais que savons-nous des souffrances que font endurer la guillotine, la potence, la hache, le garrot, usités maintenant chez les peuples les plus civilisés? Ignore-t-on que la variété des supplices pour la peine
capitale est un legs fait généralement par les peuples de l'antiquité ou du moyen âge barbare aux siècles plus rapprochés de nous? L'inquisition n'a point imaginé le supplice du feu; il était au nombre de ces peines symboliques consacrées par les coutumes anciennes et universelles, peines cruelles aussi et en rapport avec la dureté des mœurs -publiques : on brûlait l'incendiaire comme l'hérétique, qui semblait plus spécialement un suppôt de l'enfer; on perçait d'un fer rouge la main du faux témoin ; on coupait celle du voleur; on enterrait vif le violateur des tombeaux; le pal punissait l'infanticide; on perçait la langue au calomniateur; on lapidait avec les pierres du sillon celui qui avait volé dans un champ. Les diverses législations anciennes expliquent la pénalité de l'inquisition, et lui ôtent ce caractère de cruauté et de barbarie exceptionnelle dont les hommes à préjugés la gratifient.
Je me permis d'ajouter à ces observations fort justes que c'est un autre tort d'imputer à l'Eglise les erreurs ou les abus qu'il est possible de signaler dans certains jugements de l'inquisition d'Espagne. Ce tribunal n'était pas infaillible, et l'Eglise ne garantissait pas la justice de ses sentences. Les papes ne désapprouvaient point que les rois défendissent l'unité nationale et la foi religieuse de leurs peuples par une institution, d'ailleurs très-populaire, contre l'invasion de funestes doctrines; mais ils ne sont pas responsables si la confiscation a été prononcée parfois contre des innocents dont on voulait ravir les biens. Depuis Phi-