CHAPITRE I
nos plus belles églises de France ont non-seulement souffert dans leurs murailles abandonnées au marteau des démolisseurs et à toutes les causes de destruction, mais elles ont été saccagées, pillées, dépouillées de leurs richesses intérieures, des monuments d'art et des trésors historiques qui les remplissaient. En Espagne, les révolutions et les guerres civiles ont assurément fait bien du mal et causé des pertes irréparables, surtout aux églises des monastères; mais ces désordres et ces calamités publiques n'ont pas eu au même degré qu'en France le caractère impie et iconoclaste. Il en résulte que les basiliques espagnoles conservent encore de précieux souvenirs et des œuvres qui leur donnent l'aspect de musées nationaux. Sans doute l'impression profonde qu'on ressent à la contemplation des grandes cathédrales gothiques surtout est due à leurs magnifiques proportions, à leur jour mystérieux, aux merveilleuses sculptures qui les couvrent et dont l'ensemble éblouit le regard et l'imagination; mais combien cette impression est plus saisissante encore lorsque le monument s'anime et palpite en quelque sorte comme la nation dont il est l'orgueil , et dont il rappelle les grands noms et les gloires! Notre-Dame de Paris, Saint-Pierre de Rome, vénérables et somptueuses basiliques de la ville éternelle, Notre-Dame de Reims, dôme de Milan, cathédrale de Cologne, Santa-Croce de Florence, Superga de Turin, églises de Saint-Denis et de Cracovie , Notre-Dame de Rurgos, de Gordoue, de Séville, ce qui ravit l'âme en
face de vous et dans vos nefs grandioses, ce n'est pas seulement votre beauté matérielle , c'est la voix des siècles et de l'histoire, la voix des souverains, des saints, des hommes illustres, celle d'un peuple entier qui s'échappent de vns pierres, des sépultures que vous abritez et des chefs-d'œuvre que vous conservez!
Mais, entre tous les noms célèbres qui rappellent la ville de Burgos et sa cathédrale , il n'en est pas de plus populaire que celui du Cid Campeador. Nous sortions de la salle capitulaire , tout émus encore de la vue du fameux christ connu sous le nom de Christ de Burgos, un chef-d'œuvre du Greco ; on nous arrêta dans le vestibule , en face d'un vieux coffre vermoulu et tout brisé : «Voilà, dit avec respect notre guide, voilà le coffre du Cid, celui qui renfermait son trésor à la guerre. » Peu après, nous visitions le Solar del Cid , ou la maison du grand capitaine, son tombeau à l'hôtel de ville, et d'autres lieux remplis de sa mémoire.
J'avouerai pourtant que nulle part cette grave figure ne m'a plus imposé qu'au milieu des statues dont la belle porte Santa-Maria est admirablement décorée; porte digne de la cité qui fut, jusqu'à Charles-Quint (1516), le séjour des rois d'Espagne et qui dispute à Tolède le titre de première ville de Gastille. Une teinte dorée par le temps, la plus belle que j'aie jamais vue sur aucun monument, forme comme un fond de mosaïque byzantine aux statues des hauts personnages qui semblent s'être avancés jusque-là pour recevoir