‹ L'Espagne, orné de quatre gravures d'après M. Gustave DoréChapitre 124 sur 174 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

servation et l'attachement à la justice , abstraction faite de la question purement politique, les moines furent considérés comme ennemis de la liberté constitutionnelle. On les supprima, on les massacra aux premières heures des divers triomphes du parti libéral ; et les monastères avec leurs églises furent parcentaines fermés et abandonnés aux causes naturelles de destruction, puis, durant les dernières guerres civiles, pillés, saccagés, renversés, brûlés dans toutes les provinces.

Le premier triomphe du parti constitutionnel eut lieu en 1820, à la suite d'une insurrection militaire qui contraignit le faible Ferdinand à jurer la constitution à Madrid, le 7 mars. Le parti qui était au pouvoir exigea des évêques qu'ils imposassent aux curés l'obligation d'expliquer la constitution du haul de la chaire à leurs paroissiens; il supprima les jésuites, força les clercs et les religieux, non revêtus du caractère sacerdotal, au service militaire. Poussé dans cette voie par des sociétés soi-disant patriotiques qu'il ne put dissoudre qu'à grand'peine, il défendit aux ordres religieux d'admettre à la profession, ferma les couvents qui n'avaient pas vingt-quatre profès, c'était le cas pour plus de la moitié, et il appliqua à l 'extinction de la dette publique leurs biens , qui furent dilapidés par les hommes qu'on chargea de les administrer. Tout cela date de 1820.

La guerre civile ne tarda point à éclater; et l'exil ou l'assassinat de prêtres, de religieux, d'évêques, marquèrent les années suivantes. Quelques prêtres ou

moines , entre autres le chanoine Merino , parurent à la tête des guerrillas royalistes, qui voulaient soustraire le souverain à l'oppression des libéraux qui le gardaient à vue. Cette situation critique du monarque Bourbon amena l'intervention de la France et le passage de la Bidassoa par le duc d'Angoulême, le 7 avril 1823. Les cortès se réfugièrent à Cadix, emmenant captif Ferdinand VII. La régence établie à Madrid par le duc d'Angoulême cassa les actes du parti libéral, et l'armée française, maîtresse du Trocadero et par conséquent de la baie de Cadix, après un combat où l'on perdit beaucoup de monde de part et d'autre, obligea les cortès à mettre Ferdinand VII en liberté.

Ce monarque régna encore dix ans, durant lesquels les plaies faites à l'Eglise commencèrent à se cicatriser. Les divers ordres monastiques et congrégations religieuses, que la tyrannie et la violence seules peuvent empêcher de tleurir au sein d'une nation aussi catholique que l'Espagne, comptèrent, vers 1830, environ 60,000 membres. Les collèges des jésuites rappelés de l'exil annonçaient à l'Espagne une régénération dont elle a bien besoin sous le rapport des études. Ces institutions brillaient surtout à Alcala, à Valence, à Palma, à Saint-Isidore de Madrid, au noviciat de la compagnie et au collège des nobles.

Mais de temps à autre des symptômes significatifs indiquaient que le duel terminé par le duc d'Angoulême recommencerait entre les royalistes et les libé-

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