CHAPITRE X
raux. Ferdinand VII meurt en 1833. Son testament lègue la couronne à sa fille Isabelle, et nomme régente la reine Christine, tandis que la loi de succession appelait au trône don Carlos, frère du roi. Les partisans de ce dernier déclarèrent le testament invalide, parce qu'on T avait surpris à Ferdinand affaibli et presque privé de ses facultés morales; puis, parce qu'il n'appartenait pas au roi d'abolir par sa simple volonté une loi fondamentale de la monarchie espagnole. Le soulèvement des carlistes en armes devait acquérir dans la suite des proportions terribles. Le parti libéral, qui dominait le gouvernement, sembla prendre à tâche d'en provoquer le développement et d'en justifier les agressions.
Il mit la main, dès 1834, sur les revenus de charges ecclésiastiques, et sévit contre des monastères qui avaient fourni des partisans à don Carlos. Tandis que le clergé régulier et séculier se dévouait à secourir les cholériques, les libéraux répandirent le bruit que les moines avaient empoisonné les sources. Ameutée par cette stupide calomnie, et conduite par des hommes d'une classe supérieure , une bande de sicaires se rua sur le collège de Saint-Isidore à Madrid, et y égorgea quinze religieux, entre autres un célèbre orientaliste, le R. P. Juan Artigas. Les cadavres traînés dans les rues reçurent les plus indignes outrages. A San-Francisco-el-Grande il y eut plus de quarante victimes. Saint-Thomas et la Merci furent de même inondés de sang. Ces atrocités impunies furent le signal d'autres aussi abominables qui dés-
honorèrent Saragosse et Murcie en 1835. Le gouvernement, concourant à l'œuvre des assassins, décréta la suppression de la compagnie de Jésus, puis de tous les monastères qui n'auraient pas douze profès, dont huit de chœur, mesure qui frappait neuf cents couvents ; les biens en étaient confisqués. Un nouveau décret abolit, le 11 octobre de la même année, presque tous les autres monastères; et dans ce moment, au cri de Mue ru n los fr ailes ! (mort aux religieux! ) on massacrait à Barcelone des franciscains, des carmélites, et on les brûlait avec leurs couvents. A Murcie, les flammes dévorèrent les édifices des ordres de Saint- François , de Saint-Dominique , des Trinitaires et de la Merci. On entendait de tous côtés les fusillades dirigées contre des moines coupables de compter des confrères ou des amis dans les rangs des royalistes. Enfin, le 29 juillet 1837, les cortès déclarèrent supprimés les ordres religieux, qui en fait n'existaient déjà plus.
Ce fut un pillage général.
Les biens des moines furent vendus à tel prix, que la rente de la première année payait l'achat du fonds. Les peintures, les livres, les meubles précieux et les objets d'orfèvrerie étaient volés, adjugés pour des sommes minimes et dérisoires. On vit mettre en vente à Madrid, sur l'ordre des ministres, les joyaux de Notre-Dame d'Atocha. « A peine, dit l'historien don Vicente de la Fuente, à peine s'il est une capitale de province où ne se voient de superbes squelettes de pierre, témoins de l'ignominie d'une époque qui ne