‹ L'Espagne, orné de quatre gravures d'après M. Gustave DoréChapitre 126 sur 174 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

pourrait pas construire ce qu'elle a su ruiner. Détournons les yeux de ce spectacle hideux du moderne vandalisme, afin de ne pas nous laisser aller à des récriminations qui seraient inutiles, mais non pas tardives; car on n'a pas fini de démolir. »

Tels sont les souvenirs que je repassais dans mon esprit sur les ruines aussi grandioses que mélancoliques de la carte/ a de Xérès, pèlerinage obligé des touristes qui traversent cette riche contrée. La sillrvia ou les lignes de stalles de l'église offrent de trèsintéressantes sculptures qui achèvent de pourrir à l'humidité. Quant aux biens du monastère, qui autrefois préservaient de la faim les pauvres de tout le pays, ils appartiennent maintenant à un très-petit nombre de propriétaires et n'ont pas la même utilité publique.

Après de si attristantes considérations, l'esprit aime à se reposer et à fonder pour l'Espagne de douces espérances sur le concordat conclu en 1851 entre le saint-siége et la reine Isabelle. Puissent les hommes d'Etat appelés à diriger le gouvernement du pays comprendre tous les avantages d'une étroite union avec le souverain pontife en tout ce qui intéresse la religion, et repousser les traditions du jansénisme, du régalisme, qui tendent à réduire les droits de l'Eglise et à enchaîner sa liberté !

Nous allions quitter Xérès sans voir la collegiata ou église collégiale. Le Hand-Book de \Yilliam nous la représentait comme une construction de mauvais style churrigueresque , où l'architecte semblait avoir

pris à tâche de blesser le sens commun : Is vile churrigueresque ; the architect did not by accident stumble on one sound mie , or deviate into the commonest sensé. Mon Itinéraire disait de son côté : « L'église collégiale est lourde et de mauvais goût. » Bien nous a pris de ne pas nous en tenir à nos guides; car, sans parler des statues de Montanès , qui se voient dans la sacristie , ce monument , qui date du xvne siècle , offre un spécimen fort curieux des efforts faits à cette époque, en Espagne comme en France, pour allier les colonnes, les pilastres, les corniches et les ornements d'architecture grecque au plan général des églises du moyen âge et au système de construction des voûtes gothiques. Cette alliance est réalisée à Xérès avec une certaine pesanteur ; les nefs sont étroites, la construction massive. Mais il y a pourtant de l'harmonie dans les lignes et du goût dans l'ensemble ; si l'architecte n'a pas résolu le problème qu'il s'était posé, il a prouvé du moins que la fusion des deux styles n'est pas impossible. Déjà Saint-Eustache, à paris, nous l'avait démontré.

Quant à la qualification de churrigueresque , elle nous donne occasion de parler d'un style particulier à l'Espagne, et qui a été inauguré dans la première moitié du xvme siècle par l'architecte Churriga. C'est une déviation de l'architecture classique sous l'influence du caprice et du mauvais goût. Le marbre et le bois s'y prêtent à toutes les absurdités. Les lignes s'interrompent, se heurtent, se brisent, comme pour dérouter l'œil et le fatiguer; les détails d'ornement

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