CHAPITRE X
étoiles d'or; c'était à ravir, lorsque des chants religieux et les accords de l'orgue, sortant d'une gracieuse église, ouverte sur l'alameda, s'élevèrent au ciel dans le silence de la nuit, comme une hymne de la nature et de l'homme reconnaissant envers le Créateur.
Une chose cependant nous blessa : car elle n'est en harmonie ni avec les convenances ni avec le caractère et les habitudes de l'Espagne : ce sont les statues mythologiques et nues, que des édiles malavisés ont dressées là. A quoi pensaient-ils? Les dieux de l'Olympe sont bien petits et bien plats devant cette nature toute rayonnante du Dieu de l'Evangile! Ils sont bien ridicules au milieu de cette population andalouse, qui, je l'en estime, ne les comprend pas. «Vovez donc, me disait William, en me montrant dans l'ombre un Apollon sans vêtement qui soufflait dans une flûte; a-t-il l'air dépaysé! »
Les édiles gaditains devraient se souvenir qu'ils sont membres d'un ayuntamiento (conseil municipal) andalou et chrétien, et suivre à ce titre l'heureuse habitude des Espagnols, qui multiplient partout les statues de leurs saints et de leurs grands hommes , au lieu des sujets bien exécutés peut-être, mais si souvent niais, qu'on voit ailleurs, aux Tuileries, par exemple, et à Versailles. Ce que j'aurais voulu trouver à l'alameda de Cadix, c'est l'image de Christophe Colomb, qui s'est embarqué à deux pas de là, à Palos ou à Moguer, pour la découverte de l'Amérique, et qui n'a pas une statue en Espagne !
Foin de votre mythologie ! Ce n'est pas ainsi que vos pères entendaient les choses, eux qui ont donné les noms chrétiens les plus harmonieux , les plus sonores et les plus doux aux nombreuses régions de la terre et du ciel qu'ils nous ont révélées : voyez, dans l'Amérique du Sud, San -Salvador, Santa- Cruz, la Trinidad, Santa-Catarina, San-Pedro de Rio Grande, San- Francisco , Santiago. Dans les régions célestes de l'autre hémisphère, ils ont appelé la plus belle des constellations la Croix du Sud , ce qui vaut bien la Grande-Ourse, dénomination contre laquelle du reste le peuple a protesté, en l'appelant le Chariot de David. Certes, ce n'est pas une mince gloire pour les Espagnols d'avoir, par ces noms, marqué à jamais du sceau chrétien et catholique tant de points remarquables de la création. Ecoutez donc le matelot, le pêcheur de Cadix et de Puerto -Santa- Maria : d'instinct espagnol, il nomme son canot, sa barque : San- José, San -Antonio, Purisima-Concepcion , Divina Pastora, un des plus doux vocables de la Vierge ; et pour ma part, ne serait-ce qu'à raison du sentiment poétique, je trouve ce pêcheur mieux inspiré que toute une académie à la recherche d'un nom grec.