CHAPITRE XI
William profita de notre loisir pour herboriser sur les flancs de la montagne , à travers les figuiers de Barbarie et les oliviers. Je l'attendis en me reposant à l'ombre d'un de ces arbres séculaires. Devant ce panorama de la côte africaine, je me laissai aller aux rêveries, et j'eus, bien qu'éveillé, un songe étrange. Il me fit assister aux luttes prochaines que le christianisme, représenté par la France et par l'Espagne, doit soutenir encore au sein de l'Afrique, pour achever de l'arracher à la tyrannie et à l'abrutissement.
Je retraçai ce rêve sur mes tablettes, je dirais sur mon calepin, s'il ne s'agissait de poésie. William à son retour s'en empara de vive force, et il lui :
0 pays du Magreb, et vous , frontière extrême Où la soif fait mourir la gazelle et le diss , Touât et Tafilet, lointaines oasis, Vous lutteriez en vain : voici l'heure suprême. Pourquoi vous soulever? vous pouvez nous haïr, Mais nous vaincre ! Ètes-vous plus forts qu'Al-djezaïr9 Non, non, vous n'avez pas d'assez haute muraille Pour hraver nos assauts, la sape et la mitraille. A peine vos chérifs s'arment-ils contre nous, Qu'ils viennent tour à tour se mettre à nos genoux : Abd-el-Kader lui-même a bien dû s'y résoudre : Savez -vous mieux que lui faire parler la poudre?
Maure, lance sur nous tes chevaux ombrageux , Qu'abrité par des murs ton orgueil se pavane , Que ta smala s'éloigne en lente caravane, Fuis, gravis de l'Atlas jusqu'aux sommets neigeux , En dépit des chérifs , prêcheurs de guerre sainte , Tu sentiras partout notre invincible étreinte.
Ce n'est pas d'aujourd'hui, superbes musulmans,
Que vous êfes vaincus, malgré vos talismans.
Demandez aux tholhas, ils l'avoueront peut-être :
Dans les siècles passés le Franc s'est rendu maître
De Damas, de Solyme, où régnait le croissant;
Mais lorsqu'en son pays vos aïeux s'avancèrent ,
Les champs d'orge et de blé pour longtemps s'engraissèrent
De leur chair en lambeaux , des ruisseaux de leur sang.
L'oncle du grand sultan de France et d'Algérie
A porté son drapeau plus loin qu'Alexandrie.
Son astre s'est levé pour la seconde fois :
En suivant les rayons dont il nous illumine,
Nous irons, s'il le veut, jusqu'aux murs de Médine,
Arborer l'étendard de Napoléon Trois.
Près de l'astre nouveau, quelle étoile scintille? La reconnaissez -vous? Dans les champs de Castille , Sur la rive africaine, à Tarife, à Téba, Elle éclaira jadis plus d'un sanglant combat , Dont le seul souvenir faisait trembler le Maure. Comme aux feux du matin l'ombre noire s'enfuit, Puisse-t-elle éclipser, étoile de l'aurore, Votre pâle croissant, symbole de la nuit !
Bientôt luira ce jour, où la croix triomphante, En place du croissant, resplendira partout. La vie et le progrès que la croix seule enfante Envahiront Stamboul, Maroc et Tombouctou. Le Christ affranchira l'esclave qu'on assomme , Aux peuples rachetés il dictera sa loi , La Vierge ennoblira la femme... Honte à loi , Musulman ! tu n'en fais qu'une bêle de somme. Ah ! ne redoute pas l'approche de ce jour : En relevant la femme, il t'apprendra l'amour.
Sous un souffle inconnu , le Sahara secoue Son stérile sommeil qui dura six mille ans;