‹ L'Espagne, orné de quatre gravures d'après M. Gustave DoréChapitre 145 sur 174 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

l'aime, et il aime par conséquent tous les tributs d'amour qu'il reçoit de nous. Ils ne connaissent et n'aiment pas vraiment Dieu, ceux qui ne comprennent pas cela.

« Le soir, à l'alameda, une de mes amies, plus discrète, me l'avouait ingénument : ses préjugés contre la convenance et l'utilité d'un culte pompeux, comme celui que l'Espagne rend à Dieu, s'étaient bien affaiblis; et, de ses bras tendus vers le ciel, me montrant les splendeurs de la nature et des nuits andalouses, elle me dit avec une sorte de transport : « Voilà aussi un temple que Dieu s'est bâti à lui-même, et dont l'homme est constitué le prêtre; le Créateur y a-t-il épargné les richesses et la beauté? S'il est permis à l'homme d'élever aussi des temples, pourquoi serait-il mesquin et avare, lorsqu'il a les mains pleines des dons de Dieu?

« — C'est bien vrai, dis-je, et le protestantisme, ici comme en bien d'autres cas, arrête sans raison l'élan naturel de l'homme. L'Église sait que le Dieu né dans une étable n'exige pas la richesse pour son culte là où elle n'est pas possible ; l'Église ne condamne ni la simplicité ni même la pauvreté des autels; mais elle approuve que nos trésors servent à orner la maison de Dieu, et il sied mal à ceux qui vivent dans l'opulence, et peut-être dans un luxe scandaleux, de se plaindre ensuite de la magnificence du culte divin. Permettez-moi , Clara, de vous le faire observer, à la procession de Séville , la nature protestait en vous contre les préjugés de ceux qui, à l'ori-

gine de la réforme, ayant dépouillé et volé les églises, renouvelé avec les vases d'or des temples catholiques le festin de Balthazar, déclarèrent que le temple devait être nu et glacé. Mais vous ne m'avez pas encore parlé de la foi en la sainte eucharistie.

« — Alors, William, j'avais à peine une vague notion de ce mystère sublime, le chef-d'œuvre de l'amour de Jésus. Mais, à mesure que j'entrais dans l'esprit du christianisme, à mesure que je comprenais mieux les anéantissements et la mort du Sauveur, et de quel désir ardent il brûle de s'unir à nous comme il est uni à son Père, je sentais l'insuffisance du symbole et de la cène vide du protestantisme pour répondre à la charité divine, à l'Ecriture et à mon cœur. Quoi! Jésus ne serait pas réellement sur nos autels? me disais-je; mais les égarements mêmes de l'humanité dans les ténèbres de l'idolâtrie indiquent assez que nous avons besoin de cette présence réelle de notre Dieu sous un signe sensible. Les aspirations de mon être vers lui étaient comme une faim et une soif, que la sainte communion a pu seule apaiser. 0 pieuse Espagne ! de quels secours d'édification n'ont pas été pour moi les exemples populaires de ta foi profonde en la divine eucharistie!... Je ne sais, William, si par hasard vous avez assisté, durant votre voyage, à l'administration du viatique : les parents du malade se réunissent dans sa maison; ils attendent l'arrivée du saint Sacrement, et tiennent à la main de gros cierges allumés; le prêtre vient portant le saint ciboire ; du premier poste militaire

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