CHAPITRE XII
qui était sur son chemin, deux soldats et un sousofficier se sont détachés pour l'escorte d'honneur ; la première voiture qu'il a rencontrée dans la rue s'est arrêtée, et les personnes qui s'y trouvaient, quelles qu'elles soient, en sont descendues pour y faire monter le saint Sacrement, et l'ont dévotement suivi; au son de la clochette, qui annonce le passage de Su Maestad, de Sa Majesté, car c'est l'expression par laquelle on désigne en Espagne la divine eucharistie, on s'est agenouillé pour l'adorer, dans la rue et dans les maisons. Elle est reconduite à l'église par les parents du malade, leurs cierges à la main. Au viatique général de Pâques, la sainte eucharistie est portée le même jour aux infirmes, pauvres et riches; le clergé, les corps de musique de la garnison et des paroisses l'accompagnent, ainsi que les parents des malades, au retour à l'église. Alors tous les rangs de la société se trouvent réunis clans la manifestation d'une foi commune. Sept à huit cents cierges brillent dans les mains de ces croyants, vive image de la lumière de l'Evangile qui les éclaire, et aussi de la lumière et de la charité de notre Sauveur. Croyez-moi, William, la foi du peuple espagnol, de ses hommes les plus instruits, les plus braves et les plus haut placés , comme celle du simple ouvrier et du paysan, paraît si franche et si profonde, si facile et si heureuse, qu'elle est contagieuse, vraiment, et ferme la bouche ou du moins embarrasse la langue de l'impie.
« — Depuis longtemps, Clara, j'avais remarqué
les vains efforts de nos frères égarés dans les erreurs anglicanes et calvinistes, pour retenir quelque vertu, quelque force morale et imposante dans le pain stérile de leur cène. Ils lisent les paroles claires et brûlantes de l'Ecriture sur la présence réelle; mais, quand ils s'approchent de la table prétendue de la cène du Seigneur, le froid les gagne invinciblement. Ce n'est pas de cela que parle l'Écriture ; et ils sont guindés le plus souvent jusque dans leur démarche.
« — Que vous dirai-je encore, William? vous voyez tout tracé le chemin de ma conversion. Le protestantisme me défendait d'honorer la Vierge, pour laquelle il a je ne sais quelle aversion, comme s'il était lui-même la tête du serpent que la femme prédestinée doit écraser du pied; et la nature me disait que ne pas honorer la mère, c'est outrager le fils : l'Espagne, si dévouée à Marie, avait raison.
« Le protestantisme m'interdisait le culte des images; et moi qui pleurais devant les Pic ta de Morales, moi qui baisais chaque soir les portraits de mon père et de ma mère, je répondais au protestantisme : Tu mens au cœur humain ; tu blesses ce qu'il y a de meilleur en nous. L'Espagne , encombrée d'images et de chefs-d'œuvre; l'Espagne, où tant de pauvres gens, que les révolutions ont empêchés d'apprendre à lire, s'instruisent du moins en présence de tableaux, si peu artistiques qu'on le voudra, l'Espagne a raison .
« — Ainsi, sur tous les points où la malheureuse réforme contredit les croyances catholiques, vos ob-