CHAPITRE XII
servations, Clara, seraient une page à ajouter au livre de Tertullien : de Teslimonio animas, du Témoignage de l'âme, où il montre au païen que l'âme est comme naturellement chrétienne. Par l'ordre surnaturel, Dieu nous élève infiniment au-dessus de notre seule nature ; mais elle est néanmoins créée par Dieu, et ses dispositions sont telles, que la grâce et la révélation ne peuvent rien choquer de ce qui est bon en elle. Au contraire, il s'établit entre elle et la grâce une union et un accord parfaits.
« — Je trouvais la réforme constamment en défaut, desséchant le cœur, ne laissant pas à nos sentiments les plus légitimes une libre expansion , empêchant arbitrairement les âmes de servir Dieu selon leur attrait dans la vie monastique , et sous les formes si variées de dévouement absolu qui se produisent au sein de l'Eglise, détruisant l'esprit de pénitence, de mortification de la chair, qui est l'esprit de l'Evangile, et dont le souffle ramène le pécheur à la vie et à la paix, ne faisant nul cas de la chasteté virginale et vouée à Dieu; puis, par une contradiction singulière et une complète inintelligence du joug léger de Notre-Seigneur, condamnant comme péché les récréations du dimanche les plus innocentes et les plus évidemment compatibles avec les œuvres de religion et avec le repos que ce jour nous prescrit. Croiriez-vous, William, qu'à Gibraltar les hommes de police interviennent parfois si un enfant joue à la toupie le dimanche; que le son d'un piano scandalise; et que, depuis la guerre de Crimée seulement, et par suite
sans doute du mauvais exemple donné par les Français, la musique militaire a reçu l'autorisation de se faire entendre ce jour-là?
« — Je ne m'étonne de rien, répondis-je; car le protestantisme n'a pas de règle certaine ni d'autorité reconnue pour résoudre les cas de conscience et délimiter le bien et le mal, ce qui est permis, ce qui est défendu, pas plus qu'il n'en a pour savoir ce qui est de foi, ce qu'on doit admettre, ce qu'on peut admettre ou rejeter, ce qu'il faut rejeter. Il abandonne chacun à son jugement , aux tendances relâchées comme au rigorisme outré.
« — Le dimanche en Espagne est fidèlement observé. Pourtant, excepté à Madrid, les courses de taureaux ont lieu ce jour-là même. Et j'en suis surprise , parce que j'ai vu que ces jeux violents éloignent forcément la pensée religieuse.
« — Aussi est -il certain que la religion, et l'autorité qui la représente, n'approuvent pas cet usage; mais telle coutume est souvent plus forte que les lois. Ce que j'aurais craint pour vous davantage, c'est la manière peu charitable, et même, dit-on, rebutante avec laquelle les protestants sont traités par la société espagnole.
« — Détrompez -vous, William, il n'en est rien. Le contraire est la vérité. Les Espagnols ont, sans nul cloute et avec raison, une horreur instinctive du protestantisme; le socialisme qui menace la vieille Europe ne leur inspire pas plus d'aversion. Mais, croyez-le, j'en ai fait l'expérience, et d'autres ont