CHAPITRE XII
rendu ce témoignage, la société espagnole n'exclut pas les Anglais, les protestants; elle leur porte un intérêt très-vif; elle a pour eux des attentions, une charité toute particulière ; vous lisez dans les yeux qui vous regardent qu'on vous aime, et qu'on voudrait vous attirer à l'Église. Combien de fois, déjà catholique dans le secret de mon cœur, n'ai-je pas entendu ces jeunes filles de Séville ou de Grenade, si attachées à leur foi, m'inviter d'un air suppliant, de leur voix la plus douce et en tenant mes mains pressées dans les leurs, à me rendre et à me faire catholique! Que de rosaires n'ont-elles pas récités pour m'obtenir ce bonheur, et que d'actions de grâces à Notre-Dame, une fois leurs vœux exaucés !
« — Je sais, en effet, que la conversion même d'an Maure ou d'un juif est un événement et un sujet d'allégresse publique en Espagne. Les journaux en parlent, on s'en émeut dans le grand monde, à la cour, et de hauts personnages descendent des marches du trône, afin d'accompagner à son entrée dans l'Église le plus humble catéchumène.
« — Ainsi l'Espagne a été pour moi une terre de bénédiction, un port de salut. Je ne doute pas que chez une autre nation catholique je n'eusse éprouvé des impressions analogues; mais on m'a dit, et je crois, que la religion prend ici dans le langage, dans les habitudes et les mœurs publiques , un relief qu'elle n'a pas ailleurs, en Italie même, à pareil degré.
« — Je conviens que, sous certains rapports, c'est encore le pays catholique par excellence. L'Espagne
est l'unique pays du monde où la véritable religion seule possède des temples et pratique son culte, à l'exclusion de toute fausse religion et de toutes les sectes hérétiques. »
« En ce moment le vieux capitaine, oncle de miss Clara, interrompit notre conversation en entrant au salon. Il baisa le front de sa nièce, après avoir échangé avec moi quelques paroles, et, souriant, il nous demanda pardon d'interrompre ainsi nos confidences. Nous lui en exposâmes le sujet. Ce n'était pas lui être désagréable; car, peu satisfait lui-même du protestantisme, il n'avait, pas plus que le père de Clara, mis d'obstacle à sa conversion. La prédication silencieuse des exemples de la jeune fdle, et sans doute aussi l'influence des prières de la convertie, faisaient ressentir au vieux soldat le besoin d'une religion plus positive. Mais il se butait encore contre des obstacles, que plus tard, comme tant d'autres, il reconnaîtra pour des toiles d'araignée, dont l'habileté du diable fait d'inextricables liens.
« Il réprouvait la pratique des Espagnols de toutes classes, ecclésiastiques, nobles, soldats, marchands, ouvriers, qui s'administrent la discipline, en carême, dans certaines églises, pendant la récitation du Miserere inei , Dais. Pourtant il n'insista pas, quand je le priai de considérer que ces exercices de pénitence, vraiment salutaires, sont des actes volontaires et que l'Eglise ne prescrit pas.
« Le brave capitaine, comme tous les protestants éclairés de Gibraltar, était persuadé que les Espa-