‹ L'Espagne, orné de quatre gravures d'après M. Gustave DoréChapitre 149 sur 174 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

gnols adorent les statues, la matière même, qui serait, à leurs yeux, inséparable du saint qu'elle représente; « ils les regardent, disait- il, comme l'Indien regarde son idole, qu'il croit habitée par la divinité et identifiée avec elle , une fois que , retirée des mains de l'ouvrier, elle a reçu une certaine consécration. » Clara lui fit lire, pour toute réponse, une page de catéchisme.

« Il découvrait partout des superstitions. Ainsi, à Malaga, quand le chef d'une maison est mort, on enlève, en signe de deuil, les persiennes de la demeure qu'il habitait, et la famille y reste exposée aux intolérables chaleurs de l'été. Je convins que cet usage est fort incommode , mais le capitaine chercha en vain à préciser ce qu'il aurait de superstitieux.

« Du moins, jeune homme, vous avouerez, me dit-il, qu'il y a de la superstition dans la croyance au mal de ojos, à l'influence du mauvais œil, croyance commune en Andalousie.

« — Je sais, répondis-je, que ce préjugé existe en Espagne; mais je doute qu'il soit aujourd'hui aussi répandu que vous paraissez le croire. En tout cas, ce n'est pas l'Eglise qui enseigne aux Espagnols que le regard de certaines personnes louches, dont la prunelle est affectée de mouvements spasmodiques, ou de cette tache que les médecins appellent dragon , a une influence pernicieuse , qu'il porte malheur , engendre la consomption, et fait mourir surtout les enfants.

« Ce préjugé de la gettatura, comme l'appellent les Italiens, qui en sont encore plus imbus que les Espagnols, est quasi universel. Je l'ai retrouvé dans l'Inde, sur les bords du Danube, en Afrique, surtout au Maroc. Plusieurs ont pensé qu'il avait été répandu en Espagne par les Gitanos; mais ces Bohémiens n'auraient fait sans doute que l'y raviver, car il appartient à l'antiquité. Ne lisez-vous pas dans Virgile cette plainte du berger :

Nescio quis teneros oculus mlhi fascinât agnos ; Je ne sais quel œil ensorcelle mes tendres agneaux?

« Il est à croire, capitaine, ajoutai-je, que cette erreur disparaîtra bientôt; on dit que l'on ne remarque plus trace d'un préjugé correspondant, autrefois populaire , et qui reconnaissait aussi des saludadores ou des hommes doués de la propriété de guérir certaines maladies, et des ensalmadores , dont l'occulte mais bienfaisante influence les prévenait. On voyait ces hommes parcourir les bourgs et les villages, portant sur la poitrine une croix que baisaient les malades, ou une roue de sainte Catherine, qui en imposait au vulgaire. »

« Le capitaine parut satisfait de mes explications. Mais nous ne pûmes nous empêcher de rire quand il nous raconta, d'après le témoignage d'un ministre du saint Evangile, et pour nous prouver que les Espagnols rendent leurs hommages à une foule de saints imaginaires, qu'on célèbre à Jérès la fête de sainte

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