CHAPITRE XIII
villes musulmanes, où régnent, en dehors des bazars, le silence morose et un implacable ennui.
Nous visitâmes successivement VAlbaycin, quartier maintenant misérable, où se réfugièrent autrefois (1227) les Maures de Baeza, qui lui ont donné son nom; la Churra ou Mauror, l'ancien quartier des porteurs d'eau; YAntequeruela, qui, en 1410, fut l'asile des fugitifs d'Antequera prise par les chrétiens; et, dans la ville nouvelle, près la place Bibarrambla , la cathédrale et le Zacatin.
La place, célèbre dans les romanceros comme théâtre des tournois et des fêtes publiques, a échangé son nom contre celui de Plaza de la Constitution , si répété en Espagne qu'il dégoûte du système constitutionnel au lieu de le faire aimer. Quelle maladresse et quelle folie d'effacer tant de vieux noms historiques et populaires! La cathédrale, construite par Diego de Siloé (1529-1560), est vaste et a cinq nefs, comme la plupart des grandes églises d'Espagne. Nous y remarquâmes surtout le sanctuaire ou capilla mayor, avec ses colonnes corinthiennes qui portent les statues colossales des douze apôtres, ses verrières historiées et ses belles peintures d'Alonzo Gano et de ses élèves. Parmi de somptueuses chapelles, on distingue la capilla real; là sont les tombeaux de Ferdinand et d'Isabelle, qui ont enlevé Grenade aux Maures et mis fin à leur domination en Espagne (1492); là aussi reposent le roi Philippe 1er et sa femme Jeanne la Folle, mère de Charles-Quint.
Le Zacatin est une vieille rue arabe qui suffirait à
elle seule pour captiver l'antiquaire, si l'Alhambra ne l'appelait à étudier le chef-d'œuvre, le dernier mot de l'architecture mauresque.
Prenez dans leur ensemble les monuments des Maures en Espagne, et vous y reconnaîtrez, avec un artiste qui lésa soigneusement dessinés, trois styles correspondant aux trois périodes. La première embrasse l'intervalle du vme au xie siècle; elle est représentée surtout par la mosquée de Gordoue, et a pour caractères des procédés et un système de construction empruntés aux Romains, comme les colonnes et d'autres matériaux enlevés à leurs ouvrages; l'arc à voussoirs de diverses couleurs et à cintre outre-passé; l'encorbellement de l'archivolte; la coupole byzantine portée sur des pendentifs très -simples; les mosaïques de verre ou de pâtes coloriées; des ornements sobrement sculptés en marbre ou en stuc, et les inscriptions en lettres arabes, larges, carrées, dites coufîques, employées comme bordures et décoration des frises.
Une seconde période, correspondant aux xuc et xmc siècles, a pour caractères : l'arc ogival substitué peu à peu au cintre, mais conservant toujours, comme caractère fondamental, l'encorbellement de l'archivolte sur l'imposte; puis les lobes qui dessinent de petits arcs sous l'arc principal; les sculptures fouillées du chapiteau et de la base des colonnes; le système des pendentifs, formés de petites coupoles superposées, raccordant les angles des salles carrées avec les grandes coupoles qui les dominent; la substitution d'une décoration plus élégante à l'ornementation by-