‹ L'Espagne, orné de quatre gravures d'après M. Gustave DoréChapitre 156 sur 174 · CHAPITRE XIII. 3H · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII. 3H

chrétiens modernes bien supérieurs aux Arabes comme constructeurs et comme artistes, surtout si l'on prend l'art dans l'acception la plus élevée. L'Alhambra ne rappelle pas un peuple, mais des tyrans jaloux, égoïstes . voluptueux. Tout est petit dans ses proportions; la cour des Lions est longue d'une trentaine de pas (elle a trente-trois mètres sur dix-sept), et ses galeries n'ont que la hauteur de celles des patios ordinaires. Les Maures bâtissaient communément en pisé ou en matériaux d'un appareil mesquin; leurs arcs sont généralement en bois recouvert de stuc, et les ornements presque toujours coulés. On s'étonnera moins de la variété des arcs mauresques, si l'on fait attention qu'ils sont pour la plupart de simples décors, encadrés dans un carré qui donne raison de la construction réelle. Ne cherchez donc en général dans les ouvrages mauresques ni grandeur, ni hardiesse, ni science des constructions puissantes; contentez -vous d'admirer des proportions élégantes , un goût délicat et tin dans les détails d'ornementation, et encore des procédés de conservation qui ont assuré la durée de matières pauvres et fragiles; mais le secret de ces couleurs, de ces dorures, de ces enduits, de ces plâtres durcis n'est-il pas un héritage des peuples qui ont précédé les Maures en Espagne?

« Je suis d'avis, me disait William, que l'Alhambra perdrait singulièrement de sa renommée comme de ses charmes, s'il était dans un site vulgaire , et si nos veux n'étaient pas surpris par la nouveauté des formes insolites de l'architecture arabe. A envisager les

choses dans leur mérite intrinsèque, je préfère le palais en ruine , bâti par Herrera sous Charles-Quint et Philippe II , en avant de l'Alhambra et dans l'enceinte du même alcazar. Un tel édifice respire la force et la grandeur; il annonce, par son extérieur, l'expansion de la vie au dehors, vie sociale constituée parles relations entre simples citoyens comme entre les souverains et les peuples. On conçoit que les Espagnols aient promptement répudié le genre de constructions mauresques : elles ne sauraient pleinement répondre aux aspirations d'un peuple chrétien.

— En résumé, ajoutai-je, si les ouvrages arabes dénotent une véritable puissance, c'est dans les tours, dans les constructions militaires, où l'esthétique a peu de chose à voir : je citerai les murailles de l' alcazar de Grenade, la partie mauresque de la Giralda, les minarets carrés du Maroc, l'enceinte et la tour de Mansoura, près Tlemcen. On chercherait vainement l'alliance imposante des savants procédés et des lignes architecturales habilement combinées; en un mot, les compositions profondes où la science et l'art se donnent la main sous les ailes du génie. Moi qui ne suis point arabophobe, mais simplement arabophile , je trouve un peu béate l'extase des arabomanes en présence des arabesques , de ces méandres et de ces entrelacs où il n'y a pas une idée. Etrangers par obligation religieuse à la statuaire et à la peinture, les artistes maures n'avaient à poursuivre ni l'idéal sublime ni l'imitation de la nature : quelle merveille si, tout entiers voués a l'agencement de

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