CHAPITRE XIII
devant l'Océan, ubî defuitorbis, et ils attirèrent, au commencement du xvne siècle, l'attention soupçonneuse de l'inquisition. En 1610, plusieurs, coupables de grands crimes, furent brûlés à Logrono en Castille, et les bandes vagabondes durent se fixer dans les faubourgs de quelques villes, où on les reconnaît encore à leur teint jaune ou olivâtre, à leur figure sèche, à l'éclat de leurs yeux noirs, et les femmes à la régularité de leurs traits, finement mais hardiment dessinés. Du reste, ils font profession d'être aussi catholiques que les cristianos viejos de la Péninsule. Nous avons remarqué cette race depuis Ciboure, près de Saint-Jean-de-Luz, jusqu'à Algésiras, mais spécialement au Triana de Sévi lie et dans les faubourgs de Grenade.
Nous ne pouvions quitter la patrie de Suarez, ce grand disciple de saint Thomas , dont les œuvres théologiques, aussi sûres et plus étendues que celles de son maître, embrassent vingt-deux volumes infolio , sans visiter l'école où nous espérions retrouver son souvenir. Mais, à la suite des révolutions dont l'Espagne a souffert , la science a singulièrement baissé. L'organisation des études ecclésiastiques n'impose pas, comme en France, la même somme d'études à tous ceux qui se préparent au sacerdoce. Les règlements n'exigent, de ceux qui n'aspirent pas aux grades académiques, que trois années de latin et d'humanités , une année de philosophie et deux de théologie ! Mais ceux qui veulent recevoir les grades théologiques sont soumis à sept années d'études spéciales, et trois
sont requises pour le droit canon ou la législation de l'Église.
Il en résulte, sous le rapport de la science, deux classes distinctes dans le clergé espagnol , l'une fort instruite, et l'autre qui l'est beaucoup moins. Les étrangers, qui ignorent cette organisation , jugent souvent par cette dernière du niveau commun de l'instruction cléricale dans la Péninsule, et conséquemment ils se trompent. Toutefois il nous est permis de souhaiter que l'état général de l'Espagne permette bientôt d'imposer des études plus complètes à ceux mêmes qui suivent la carrière abrégée. Les prêtres de talent, les docteurs occupent précisément les canonicats, qui sont presque des sinécures, tandis que le ministère pastoral aurait besoin de leurs lumières. On doit aussi être édifié de la piété des nombreuses familles qui ont leur aumônier particulier. Mais ces aumôniers, qui composent une catégorie de prêtres appelés en Espagne de misa y olla (de la messe et du pot-au-feu), ne seraient -ils pas nécessaires dans les paroisses rurales? Ce n'est point a nous de résoudre une telle question.
La difficulté d'atteindre Alicante par Murcie nous obligeait à revenir de Grenade à Malaga, où nous prîmes place à bord d'un des bateaux de la compagnie Lopez, comparables, pour la tenue et la rapidité, à ceux des messageries impériales de France. Alicante nous offrit l'occasion d'examiner l'une des huit grandes manufactures de tabac établies dans la Péninsule : les autres sont à Séville, Cadix, la Co-