CHAPITRE XIV
les arrieros, les agriculteurs de la Manche au sud de Tolède, les vignerons de Xérès et de Malaga, les gens de la Galice et des Asturies qui émigrent comme portefaix et domestiques.
La sieste, qui fait perdre deux heures de travail au milieu du jour, est peut-être nécessaire dans les plus chaudes provinces, cà la saison d'été. Nous avons éprouvé nous -même que la meilleure volonté du monde s'épuise à lutter alors contre l'influence du climat; et, si la paresse ne cesse pas pour cela d'être un péché capital, il faut convenir que l'indolence est excusable. L'accroissement d'activité et d'application au travail, qui est un fait général en Europe, tend d'ailleurs à modifier le caractère espagnol. Le pays manquait de chemins et de débouchés, l'industrie était sans aiguillon ; cette cause d'apathie disparaît à mesure que les chemins de fer se construisent, et qu'on multiplie ou qu'on perfectionne les autres moyens de communication par terre ou par eau. Les canaux malheureusement et les rivières navigables feront toujours défaut à une grande partie de l'Espagne. On doit regretter aussi que ses principaux cours d'eau n'aient pas la direction la plus favorable au développement de ses intérêts. Le Minho, le Douro, le Tage, la Guadiana, le Guadalquivir, s'en vont à l'Océan ; et plusieurs traversent le Portugal , qui divise très-mal à propos la Péninsule , si bien constituée pour être sous un sceptre unique. Il vaudrait mieux pour l'Espagne avoir son versant principal et l'embouchure de ses fleuves du côté de la Méditerr;i-
née : ses produits auraient pris une tout autre extension. L'Ebre et le versant de la Catalogne ont précisément cette direction exceptionnelle, et la province doit en partie à cet avantage physique sa supériorité relative au point de vue de l'activité industrielle et commerciale.
Au moyen âge, les Catalans, navigateurs hardis, pleins d'initiative, étaient, dans la Méditerranée, ce qu'étaient les Basques sur l'Océan. Au xme siècle, ils rivalisaient avec les Pisans à la côte d'Afrique , puis ils les dépassèrent dans la carrière commerciale. L'esprit que j'appellerai provincial s'est conservé parmi eux à un très-haut degré. Ils se ressentent de la faiblesse du lien politique qui les rattacha longtemps au trône des rois de Castille, considérés comme simples comtes de Barcelone; et le souvenir de leurs anciens fueros , ou statuts particuliers, survit dans l'unité constitutionnelle qui les absorbe aujourd'hui. Les Catalans ont leur langue propre, qui cède difficilement la place au castillan. L'idiome catalan n'est autre que l'ancienne langue limousine, provençale ou langue d'oc , qu'on parlait autrefois dans le midi de la France, et qu'on y parle encore, altérée et mélangée de français. Son introduction au delà des Pyrénées date sans doute des conquêtes de Charlemagne , qui rejeta les Maures sur la rive droite de l'Ebre. Elle pénétra même au royaume de Valence , où elle est encore l'idiome populaire; mais elle y a plus de douceur et d'agrément que dans la bouche des Catalans. J'ai vu parmi les manuscrits des bibliothèques d'Es-