CHAPITRE XIV
pagne bon nombre d'ouvrages en langue limousine, dont plusieurs sont inédits.
En devisant sur ce sujet, William Rose et moi nous avions fixé l'attention d'un compagnon de bord, médecin français , qui achevait un voyage d'agrément. Il avait lié lui-même conversation avec un Barcelonais , que nous reconnûmes bientôt pour un homme instruit, et qui, tout en prononçant le nosotros (nous autres) des Espagnols avec l'emphase particulière à ses compatriotes, appréciait d'une manière judicieuse l'histoire et l'état présent de son pays. Le docteur, d'un caractère pacifique et loyal, était cependant imbu contre l'Espagne ancienne des préjugés qui ont cours aujourd'hui parmi nous; et s'il voulait bien reconnaître que l'Espagne contemporaine est en progrès , il attribuait , comme on le fait trop souvent, sa décadence passée à des causes qui ne sont pas réelles : au maintien de la foi catholique et de l'unité religieuse du royaume , aux mesures prises pour abriter l'Espagne contre l'agression de la prétendue réforme protestante.
Son interlocuteur, don Lopez Orobitg y Davila ( Orobitg est le nom du père, Davila celui de la mère; les Espagnols réunissent volontiers ces deux noms) lui montra et nous fit, pour ainsi dire, toucher du doigt les causes véritables , les causes historiques de cette décadence, qui se manifeste depuis le règne de Philippe III (1628), et dont l'Espagne se relèvera si toutefois elle reste fidèle à ses traditions religieuses, préservatrices de la révolution.
« Souvent, disait don Lopez, les causes qui déterminent dans une nation l'affaiblissement de la force politique ou de la prospérité matérielle n'appartiennent pas à la religion, non plus que celles qui les augmentent. Cependant il est juste de dire que la vraie religion et l'unité d'un peuple dans la vraie religion procurent de grands avantages à ce peuple, diminuent les maux qui lui viennent d'ailleurs, et lui conservent toutes les espérances de l'avenir. Aussi ne craindrai -je point, après m'être expliqué sur les causes de décadence de l'Espagne, d'établir un parallèle entre mon pays et l'Angleterre, que monsieur le docteur a, selon moi, beaucoup trop vantée.
« L'Espagne de Charles - Quint , la France de Louis XIV ont eu en Europe la prépondérance politique, alors qu'elles étaient très-fermement attachées à l'Église, et nul autre pays n'offre de plus grande époque dans l'histoire moderne. L'Espagne déchut de cette prééminence politique , parce que c'est le sort des empires trop étendus, formés d'Etats dispersés, où s'agitent des peuples de différent caractère. Dans ces conditions, l'on ne voit pas qu'un royaume de plus de 35 à 40 million.} d'habitants puisse longtemps se soutenir. Un jour l'Espagne gouverna, indépendamment de ses immenses colonies, Naples et la Sicile, l'Autriche et les Pays-Bas, Malte et les principaux ports de Tripoli à Ceuta.
« Remarquez ensuite une décadence de race, depuis Philippe II, chez les héritiers de Charles-Quini; Philippe III, Philippe IV, Charles II, en qui t'mil la