CHAPITRE XIV
branche aînée de la maison d'Autriche, étaient incapables de soutenir le poids de leur couronne , et des guerres désastreuses désolèrent le règne de ces deux derniers. Lorsque Philippe V, petit-fils de Louis XIV, et choisi comme héritier par Charles II, mort sans enfants, commença en Espagne la dynastie des Bourbons (1700), ce pays pouvait espérer la fin de ses malheurs; mais alors s'alluma la guerre connue sous le nom de guerre de Succession, soutenue par l'Espagne et la France contre l'Autriche, l'Angleterre, la Hollande, la Prusse et le Portugal. Sous Ferdinand VI (1746-1759), successeur de Philippe V, l'Espagne se ranime , travaille efficacement à sa restauration; Charles III (1759-1788) s'efforce de marcher sur les traces de son frère; mais il prend une part coûteuse aux guerres de la France contre l'Angleterre. Une ère nouvelle de calamités et de ruine s'ouvre avec le règne de son fils Charles IV, prince faible et incapable, jouet de Napoléon, qui l'engage à combattre le Portugal et l'Angleterre : la marine anglaise anéantit la nôtre à Trafalgar, près de Cadix. Ferdinand VII, fils de Charles IV, fut à son tour victime de la politique de Napoléon Ier, contre lequel l'Espagne soutint, de 1808 à 1813, la fameuse (juerre de F Indépendance. Son règne fut ensuite troublé par la lutte du parti constitutionnel , dont il triompha en 1823, aidé de Louis XVIII, qui envoya à son secours un corps d'armée sous les ordres du duc d'Angoulôme. Ferdinand VII, dix ans plus tard, légua par testament la couronne à sa fille , l'infante
Isabelle, sous la tutelle de sa mère, la reine Christine; mais don Carlos, frère du roi, avait de nombreux partisans, qui excitèrent une nouvelle et sanglante guerre civile. On comprend que l'Espagne devait s'user et s'affaiblir dans de pareilles convulsions politiques, dont on ne saurait faire un reproche à la religion, qui y est étrangère. Les nations amies elles-mêmes travaillaient à nous perdre, en nous vendant trop cher leur secours; les Anglais surtout ont ruiné systématiquement notre commerce et notre industrie durant la guerre de l'Indépendance; Wellington, leur général, en a fait l'aveu. Sully calculait que, sous Philippe II, nos dépenses extraordinaires de guerre et d'action politique en Europe s'étaient élevées à 4,956,000,000 francs, somme énorme, malgré les mines d'Amérique.
« Mais je ne saurais rougir de l'amoindrissement de mon pays par le sang qu'il a versé dans les batailles, quand je songe qu'il a combattu en Europe deux puissances ennemies de l'Evangile : le protestantisme et le mahométisme. C'est contre les nations qui menaçaient de substituer partout en Europe l'hérésie à la véritable Eglise de Jésus-Christ, la barbarie du Coran à la civilisation chrétienne, qu'ilca déployé le plus d'héroïsme et s'est imposé les plus grands sacrifices. Où en seraient aujourd'hui l'Europe et la civilisation, si l'Espagne, entrant seule dans les vues admirables de la papauté, n'avait pas envoyé ses flottes à Lépante, sous les ordres de don Juan d'Autriche, qui anéantit la marine ottomane, le 7 octobre 1571?