‹ L'Espagne, orné de quatre gravures d'après M. Gustave DoréChapitre 20 sur 174 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

gothique. Lorsque, à l'approche d'une ville, tant de silhouettes d'édifices se découpent sur l'horizon, vous pouvez dire : Il y a ici de l'histoire, de la science, des arts, de la vie. Et Valladolid, en effet, quoique déchue, compte encore une multitude d'étudiants dans ses écoles; elle a des académies, des palais, un musée, un théâtre, de belles promenades, de belles places, comme la plaza Mayor, entourée de galeries soutenues par quatre cents colonnes de granit , et le Campo grande, où se déployait autrefois la pompe des tournois et des fêtes royales. Les villes du nord de l'Espagne, comme les vieilles villes du nord de l'Italie, présentent un certain nombre de places et de rues à galeries , dont le système a été inspiré par les exigences du climat. Il est bon que l'on y puisse circuler sans s'exposer aux ardeurs du soleil. Dans les villes du midi de l'Espagne, les Maures ont recherché le même avantage par l'étroitesse des rues, qui ne sont plus que des ruelles, où le soleil ne pénètre guère et dans lesquelles règne habituellement un peu de fraîcheur. Enfin , là où rien ne préserve de la chaleur torride, on cède à son influence par l'inaction et la sieste.

On comprend de même pourquoi l'Espagne a de si belles promenades, prados, espolones, alamedas ou allées plantées d'arbres; c'est que nulle part on ne s'enivre plus agréablement de la fraîcheur du soir; elle est plus délicieuse après les chaudes journées de cette latitude, surtout sur les plateaux nus de Castille, où le vent sec et brûlant ne rencontre ni forêt ni feuillage.

A Valladolid , toute la population élégante se promenait au coucher du soleil. On se promène en rond comme dans les séminaires de France. Les dames ne donnent point le bras aux messieurs; et il en est de même dans Fintérieur des villes. C'est l'usage; mais il en résulte au premier coup d'œil un aspect décontenancé, dont l'étranger ne remarque pas d'abord la cause et dont il ne peut se rendre compte qu'après un instant d'observation.

En rentrant du prado de la Magdalena, nous vîmes que si la population des quartiers moins aisés ne va pas à la promenade, elle est tout entière dans la rue et assise au seuil des habitations. L'on dansait au violon, au clair de la lune , et les castagnettes retentissaient dans les carrefours. Ailleurs le violon, la guitare, le pandero ou tambour de basque formaient avec les castagnettes un orchestre complet. Un chant simple, rêveur, toujours le même, dit d'une voix dolente et un peu nasillarde, comme il convient dans un pays de moines, revenait par intervalle, et le fron-fron de la guitare y ajoutait un accompagnement monotone, aussi simple que le chant. William trouvait à cet air un charme indéfinissable et je ne sais quoi de rêveur. Il essaya vainement de le répéter et d'en saisir les modulations et le rhythme. Je lui expliquai le mystère. La musique de ces chants populaires qu'on entend d'un bout à l'autre de l'Espagne est ancienne et n'appartient pas à la gamme de la musique moderne. Elle rentre dans celle du plain-chant, et la plupart de ces airs, très -peu variés du reste, se rapportent

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