‹ L'Espagne, orné de quatre gravures d'après M. Gustave DoréChapitre 28 sur 174 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

haute expression en donnant des perruques aux images. Il supprime le corps de la statue, dont il ne conserve que la tête et les extrémités , et il met à la place un mannequin habillé. En Espagne les statues de ce genre sont les plus nombreuses. Il ne s'agit pas ordinairement de ces vêtements d'étoffes précieuses, orientales, rehaussées d'or et de broderies, comme il s'en conserve encore partout; de ces anciennes madones, les plus vénérées qui soient en Europe, dont les robes tissues d'or et d'argent forment un cône solide et d'une richesse éblouissante, surmonté d'une tête plus ou moins artistement sculptée: non; la plupart des statues espagnoles habillées portent les vêtements vulgaires que le saint ou la sainte ont portés , et qui sont encore usités dans la classe de la société ou dans la congrégation religieuse à laquelle ils ont appartenu. Le saint, s'il était simple prêtre, apparaît dans la niche ou au retable au-dessus de l'autel, habillé de la soutane et du surplis; la barrette à quatre pointes aiguës est dans ses mains ou sur sa tête garnie de filasse ou d'une chevelure postiche. S'agit-il d'une sainte, de Notre-Dame elle-même? elle se conformera quelquefois aux modes actuelles; elle aura les cheveux frisés, les robes renflées et à la main le mouchoir brodé. Notons encore les gracieuses images du Nina Jésus, de l'enfant Jésus, de Jésus perdido, ou Jésus perdu par ses parents sans doute, un sujet qui nous a semblé de prédilection pour les Espagnols comme le Gesù Bambino pour les Italiens. Il nous a paru assez fréquemment exécuté en cire et avec la taille d'un

enfant de huit ans. Il n'est pas nécessaire de chercher ces exemples au fond des provinces et des vallées inconnues, dans les églises obscures; ils se présentent dans les temples des villes, au milieu d'une architecture somptueuse. On pourra même remarquer que les statues où le réalisme est poussé plus loin sont précisément celles que la dévotion populaire entoure avec le plus d'empressement et qui reçoivent le plus d'exvoto.

On comprend maintenant que les Espagnols, dans leurs fêtes religieuses, aient conservé quelque chose des représentations dramatiques du moyen âge, et que les poses vivantes fassent partie du programme des grandes solennités liturgiques. Car les statues ont beau simuler la vie, elles ne valent pas sous ce rapport les acteurs en chair et en os , appelés à figurer, surtout les jours de Noël et de Pâques, les personnages de l'ancien et du nouveau Testament.

Malgré la multitude des statues habillées qui peuplent les églises d'Espagne, notre statuaire commune, alliée ou non à la peinture, tient encore une large place. Je suis porté à croire que celle-ci a été influencée par les statues habillées, qui ont dû porter le sculpteur à fouiller profondément ses ouvrages et à rechercher le mouvement et l'ampleur des draperies.

Il y a lieu de s'étonner de la fécondité prodigieuse dont ce pays a fait preuve durant un siècle et demi que l'art y a été florissant. Aucun peuple n'a surpassé ni peut-être égalé les Espagnols quant à l'habileté à sculpter le bois el à tailler le bronze pour l'ornemen-

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