‹ L'Espagne, orné de quatre gravures d'après M. Gustave DoréChapitre 29 sur 174 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

tatioii. C'est dans les sacristies, si pauvres en France, mais surtout aux immenses retables du sanctuaire, aux stalles et aux clôtures du chœur, qui prennent un développement inconnu ailleurs, qu'il faut vérifier notre assertion; c'est aux grilles qui ferment le sanctuaire, le chœur, les chapelles, qu'il faut voir le fer et le bronze se tordre avec la mollesse de la cire et la précision des ouvrages d'orfèvrerie pour reproduire les plus nobles et les plus harmonieux dessins : telle est celle de Cristoval de Andino, surmontée de l'image de saint Jacques , à la chapelle de!. Coude stable de la cathédrale deBurgos. On compterait par centaines les petites villes d'Espagne, dont les richesses en ouvrages de ce genre rendraient jalouses nos cathédrales les mieux dotées!

Aux xive et xve siècles, la sculpture espagnole naissait sous la seule influence du génie national. Les sculpteurs ne possédaient pas de modèles antiques; le temps et les révolutions de la Péninsule n'avaient point épargné les ouvrages du ciseau romain; les Arabes iconoclastes et auxquels le Coran interdit la représentation de la figure humaine, n'avaient pas légué à leurs vainqueurs de types à copier, qui eussent d'ailleurs été dédaignés, comme le fut leur architecture.

En 1376, Jayme Castayls de Barcelone sculptait les apôtres et les prophètes du portail gothique de la cathédrale de Tarragone , où Pedro Juan et Guillen de la Mota élevèrent, au siècle suivant, le magnifique retable d'albâtre ou de marbre de Catalogne qui re-

présente des mystères de la vie de Notre-Seigneur et le martyre de sainte Thècle, patronne de la ville. A la fin du xivc siècle, Anrique travaillait au tombeau de Henri II, qu'on voit dans la chapelle de /os Rejjes jS ncros, fondée par ce monarque à la cathédrale de Tolède, et Fernan Gonzalez à celui de don Pedro Tenorio, dans le même édifice. Cette basilique, d'une richesse inouïe , fut le théâtre où s'exercèrent , dans la première moitié du xve siècle, les sculpteurs Miguel Ruiz, Alvar Martinez et Alvar Gomez; vers 1477, l'architecte Juan Guas, à la tête de douze cent vingt-six maîtres tailleurs de pierres et imagiers, improvisait , pour ainsi dire, à Tolède encore, la célèbre église de San-Juan de los Reyes, dont le chevet et le transsept sont couverts d'une décoration aussi originale que merveilleusement sculptée, de statuettes, de guirlandes, d'écussons, de têtes d'anges et d'arabesques. A Dieu ne plaise que nous méconnaissions, par un engouement déraisonnable du gothique et du moyen âge , le mérite des œuvres de la renaissance et les heureux progrès qui se réalisèrent à cette dernière époque dans les arts du dessin et dans l'imitation de la nature; mais nous regretterons toujours, pour l'Espagne et pour les diverses contrées où la renaissance et l'art classique ont triomphé, l'obstacle apporté par ce triomphe au développement de la statuaire et de la peinture selon le caractère, les traditions et le génie des peuples. Ainsi, quoique l'Espagne ait gardé plus d'indépendance que d'autres pays où les maîtres italiens ont prévalu, ces derniers donnèrent des leçons

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