CHAPITRE IL
à Alonzo Berruguete, à Diego de Siloe, à Gaspar Becerra, dont nous n'avons nulle envie de diminuer la gloire. Mais nous eussions mieux aimé que ces artistes espagnols continuassent à s'avancer dans la voie de Juan Martinez Montanez, l'auteur du Christ agonisant de San-Pedro de Yergara; dans la voie de l'Aragonais Juan de la Huerta, qui, en 1450, venait sculpter à la chartreuse de Dijon le tombeau de Jean sans Peur, que la France admire et où l'art païen n'a rien à revendiquer.
Alonzo Berruguete, dont le touriste en Espagne rencontre les œuvres à chaque pas, était, comme Gaspar Becerra et les principaux représentants de la renaissance espagnole, peintre, sculpteur et architecte. Ces deux élèves de Michel-Ange reflétaient le talent multiple de leur maître; et ce talent rencontrait en Espagne un théâtre qui en demandait l'application complète.
En effet, les églises de la Péninsule, la plupart des églises collégiales et conventuelles présentent une disposition intérieure toute particulière; elles renferment, pour ainsi dire, sous leur voûte, un second édifice divisé en deux parties : le sanctuaire et le chœur. Lors donc que vous entrez dans la grande nef, au lieu de voir, comme en France ou en Italie, le vaisseau largement ouvert devant vous jusqu'au chevet ou du moins jusqu'au transsept, votre regard est arrêté , au delà d'une ou deux travées, par la haute muraille du chœur, coro , dont l'enceinte comprend les travées jusqu'au transsept. Cette muraille qui regarde l'en-
trée de l'église se nomme le trascoro ou arrière-chœur, et souvent elle est décorée d'autels, de statues et de peintures. A l'intérieur du chœur se déploie \&silleria ou série de stalles, simple ou sur deux rangs; elles sont fréquemment surmontées de dais isolés ou contigus et réunis par une corniche. Les bas-reliefs et les ornements de toute espèce sont ici prodigués autant et plus qu'en aucun pays du monde catholique. Audessus du baldaquin des stalles, à droite ou à gauche, et souvent des deux côtés, s'étale la montre brillante des jeux d'orgue, dont plusieurs tuyaux, placés d'ordinaire horizontalement, rappellent la trompette des anges du jugement. On y monte par des escaliers ménagés derrière la silleria, entre les arcades latérales comprises dans l'enceinte du coro. Le lutrin gigantesque, et parfois richement ouvragé, s'élève au centre du chœur et porte d'énormes in-folio de vélin' ou de parchemin, manuscrits à miniatures et à initiales enluminées.
Le chœur n'est pas uni au sanctuaire; il se termine au transsept, dont il est séparé par une grille où il n'est pas rare que la serrurerie s'élève à la hauteur de l'art.
Une allée dessinée par une balustrade, qui se ferme à l'heure de l'office et qui alors ne permet pas de passer d'un croisillon de l'église à l'autre, conduit du chœur au sanctuaire. Le sanctuaire s'ouvre lui-même sur le transsept par une grille dans le même goût que celle du chœur qui s'élève en face. Il comprend une ou deux travées, et forme une clôture qui monte jus-