‹ L'Espagne, orné de quatre gravures d'après M. Gustave DoréChapitre 31 sur 174 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

qu'aux voûtes. Le maître-autel est dressé au fond ; il est souvent porté sur des voûtes au-dessous desquelles règne une crypte, une chapelle obscure et souterraine. Il se relie à un retable qui tapisse tout le sanctuaire, et qui va lui-même se perdre dans les hauteurs du chevet. Derrière le retable, sur l'autre face du mur circulaire qui clôt le sanctuaire et regarde la chapelle absidale, la sculpture répand encore ses richesses, du moins en quelques églises.

Ainsi le sanctuaire et le coro sont séparés par le transsept, où les fidèles se réunissent et se trouvent ainsi placés entre les chantres et l'officiant à l'autel.

Il en résulte que le vaisseau des églises espagnoles est encombré, et qu'on ne peut d'aucun point de vue en saisir l'ensemble et les proportions. C'est donc une disposition très-regrettable pour l'architecture. Mais ce petit édifice intérieur offrait un beau champ au sculpteur, au peintre, à l'architecte même; et l'artiste qu'un talent multiple rendait digne déporter ces titres divers pouvait se donner carrière dans un simple retable. C'est là, en effet, que les Berruguete, les Becerra, les Gregorio Hernandez se sont immortalisés par les créations d'œuvres complexes, où le compas, le pinceau et le ciseau rivalisent d'inspirations et d'habileté.

Berruguete est né vers 1475, près Valladolid, à Parenès de Nava, et il eut pour premier maître son père Pedro Berruguete , peintre gothique , attaché au roi Philippe 1er, père de Charles-Quint. Jeune encore, il alla en Italie, où il fut élève de Michel-Ange, et se

lia d'amitié avec André del Sarto et d'autres artistes. Rentré en Espagne et devenu gentilhomme de la chambre de Charles-Quint, il s'appliqua au travail avec ardeur, jusqu'à latin de sa longue carrière. C'est ce qui explique le grand nombre d'ouvrages dont il a doté sa patrie. Son fils, Berruguete cl Mozo ou le Jeune, l'aida dans ses derniers travaux. Parmi ceux qui l'ont rendu célèbre, on distingue les soixante stalles du chœur de la cathédrale de Tolède, qu'il sculpta en commun avec Felipe Vigarni ou Philippe de Bourgogne, et celle de l'archevêque, qu'il fit seul et rehaussa d'une Assomption en marbre; plusieurs statues et statuettes du musée de Yalladolid; les riches décorations du palais de Charles-Quint maintenant en ruines à l'Alhambra de Grenade ; le retable de la chapelle de l'Arzobispo à Salamanque, etc.

Gaspar Becerra de Baeza, en Andalousie, continua la mission de Berruguete , qui avait introduit le goût et les études de la renaissance en Espagne; comme lui, il alla se former en Italie, la terre classique des beaux-arts, à l'école de Michel-Ange et de ses élèves. Revenu en Espagne en 1556, il fut nommé sculpteur et peintre de Philippe II. Il se signala par ses travaux à l'Alcazar de Madrid , vieux palais qu'un incendie a détruit en 1735. Mais il s'est illustré spécialement par le grand retable de la cathédrale d'Astorga, où il représenta des mystères de la vie de Notre-Seigneur et le couronnement de la sainte Vierge, gracieux sujet trop négligé des modernes. Son chef-d'œuvre , enfin , est la statue de Niœstra Se nom de la Soledad ou

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