‹ L'Espagne, orné de quatre gravures d'après M. Gustave DoréChapitre 33 sur 174 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

lieux qu'il habita, marqués par des croix et des oratoires ; et les genoux des pèlerins ont usé les marches des escaliers qui y conduisent.

Mais le corps fut transporté un peu à. l'intérieur du pays, sans doute pour n'être pas autant exposé à être enlevé qu'au bord de la mer. On l'enterra dans l'endroit où est la ville qui porte à présent le nom de l'apôtre. L'arche ou coffre de marbre qui le renferme se creusa instantanément et de lui-même, au moment où le corps était posé sur le bloc massif.

Durant les persécutions romaines, le précieux dépôt fut caché par des chrétiens. Plus tard on ne put le retrouver, et il était oublié quand, par un miracle, la Providence le révéla.

C'était en 835. Un bois épais avait crû sur l'endroit où les restes sacrés de l'apôtre étaient ensevelis, et qui est maintenant la chapelle souterraine sous la capilla mayor ou sanctuaire de la cathédrale de Gompostelle. Au ixe siècle donc, il y avait là, sur la colline, un bois inhabité. Il arriva que pendant la nuit plusieurs personnes de marque y aperçurent un météore , une étoile extraordinaire ; et quand elles voulurent s'approcher, pour se rendre compte du phénomène , elles furent frappées par la vue d'apparitions célestes. Alors elles avertirent Févêque d'Iria, le saint homme Théodomir, qui prescrivit des fouilles au lieu précis où brillait l'étoile, et qui à cause de cela fut nommé campas stellœ ou Gompostelle. Ces fouilles amenèrent promptement la découverte de la crypte qui contenait le cercueil de marbre avec le corps de

l'apôtre. Théodomir le lit annoncer au roi don Alphonse le Chaste, qui ordonna d'élever sans retard une chapelle au-dessus du sépulcre. Cette révélation des reliques de saint Jacques fit grand bruit dans la chrétienté ; les fidèles accoururent de toutes parts en pèlerinage ; les habitations se multiplièrent autour du tombeau, et le pape Léon III autorisa l'évêque d'Iria à y transférer son siège épiscopal.

Quand, en 997, le calife El Mansour, ou le Victorieux, s'empara de Compostelle, nommée aussi Santiago ou Saint-Jacques, et la pilla, il rasa la cathédrale , mais fit respecter le tombeau sur lequel il avait trouvé , après la fuite de tous les habitants , un vieux moine tranquillement assis. Bientôt le roi Bermude rentra dans la ville et en répara les ruines. La cathédrale actuelle a été commencée, en 1082, par l'évêque Diego Pelaez ; mais toutes les richesses qu'elle renferme, toute sa beauté, s'éclipsent devant la crypte où est le tombeau de l'apôtre. Sur un autel de jaspe et de marbre, incrusté d'argent, on voit sa statue assise; elle porte sur les épaules une pèlerine éblouissante d'or, d'argent, de pierreries, que les pèlerins viennent baiser à la iile. Quatre statues de rois soutiennent, derrière celle-ci, une autre image de saint Jacques, avec une auréole de rubis et d'émeraudes. Plus haut, une pyramide représente une apparition du saint dans une bataille où il mit les Maures en déroute. Quatre anges, enfin, assis sur les chapiteaux de quatre colonnes, soutiennent sur leurs épaules le cercueil de l'apôtre surmonté d'une étoile d'or,

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