CHAPITRE
qui rappelle le météore miraculeux du ix° siècle. Si les Espagnols se sont montrés dévots à saint Jacques, il a répondu à leurs sentiments par une protection des plus éclatantes. Ils disent qu'on entendait à son tombeau un cliquetis d'armes, lorsque l'Espagne était menacée de quelque grand malheur. Souvent il apparut aux princes et aux rois chrétiens de la Péninsule, dans les circonstances les plus difficiles, pour les secourir, et il ne s'est guère livré de grandes et décisives batailles contre les Maures sans que l'armée catholique ait aperçu l'apôtre monté sur un cheval blanc et frappant les ennemis de terreur : de là le surnom de saint Jacques Matamoros , le Tueur de Maures. Ce fut ainsi, en 1040, quand Ferdinand Ier, dit le Grand, s'empara de Coïmbre; et en mémoire du miracle il institua l'ordre militaire des chevaliers de Saint-Jacques-de-1'Epée, qui, avec ceux de Calatrava (1158) et d'Alcantara (1214), contribua puissamment à chasser les musulmans de la Péninsule et à les rejeter en Afrique. Les chevaliers de Saint- Jacques devaient être non-seulement nobles de deux races, mais descendants des chrisiianos vie j os , c'està-dire que leur sang ne devait jamais avoir été mêlé avec celui des Maures ou des Juifs convertis. Sur leur écu le roi plaça l'épée de gueules en champ d'or, avec la devise :
Rubet ensis sanguine Arabum.
Le sang des Arabes rougit cette épée.
Il leur avait aussi donné la mission spéciale d'assurer
la sécurité des chemins qui conduisent les pèlerins à Santiago. La voie de France fut entretenue avec un soin particulier. Elle était très-fréquentée. Les Français avaient à la cathédrale de Gompostelle une chapelle entretenue par nos rois; Louis le Jeune et des rois de Navarre et d'Aragon sont venus par piété s'y confondre avec les plus obscurs pèlerins.
La légende de saint Jacques n'empêche pas qu'on ne regarde aussi saint Paul comme un des apôtres de l'Espagne; car il a sans doute exécuté le voyage dont il parle dans son Epître aux Romains. Il dit : « Cum in Hispaniam pro/îcisci cœpero } quand je serai en route pour l'Espagne ; per vos proficiscar in Hispaniam : je passerai par Rome en allant en Espagne. » Mais c'est à saint Jacques et à ses disciples , au nombre de neuf , que les Espagnols se regardent principalement comme redevables de l'Evangile : Pierre fut évêque d'Evora, en Portugal; Gecilius, d'Elvire, qui s'élevait non loin de Grenade; Euphrasius, d'Avila; Indalecius, d'Urci, aujourd'hui Verga, aux confins de la Navarre; Torquatus, à Gadix; Hesichius, à Garthesa, non loin d'Astorga ; Athanase et Théodore restèrent à la garde du tombeau de saint Jacques, et ils ont maintenant leur sépulture auprès de la sienne, dans la même crypte. Plusieurs donnent encore à l'apôtre pour disciple Thésiphon, évêque de Rergita, qui était voisine d'Almeria.
Toutes les traditions que je rapporte sont en Espagne l'objet d'un respect universel, même de la part des hommes les plus instruits. Car ce pays a eu