‹ L'Espagne, orné de quatre gravures d'après M. Gustave DoréChapitre 36 sur 174 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Manrique, et qui surpasse peut-être tous les monuments du moyen âge pour la délicatesse de l'ouvrage et la finesse des ornements , selon le dicton populaire : «Sevi/la en grandeza, Toledo en riqueza, Compostela en fortaleza, esta en sotileza. La cathédrale de Séville l'emporte par la grandeur, celle de Tolède par la richesse, celle de Compostelle par la solidité, celle de Léon par la perfection et la délicatesse du travail. »

Nous eussions vu, dans les Asturies, berceau du peuple espagnol qui reconquit la Péninsule sur les Maures, le vieux monastère et les gorges de Cavadonga où Pelage , protégé par Notre-Dame des Batailles, anéantit, en 718, cent mille hommes de l'émir de Gordoue et arrêta pour jamais les progrès de la conquête musulmane ; les montagnes aux sommets coniques et couverts de neige , aux flancs décorés de cascades bruyantes, de lacs tranquilles, de grasses métairies et de bois de chênes et de châtaigniers; les vastes plaines plantées de pommiers comme les plaines de Normandie, qui leur envient d'ailleurs les orangers et les citronniers.

En Galice , nous eussions visité la Corogne avec sa tour d'Hercule, et le Ferrol, ce port militaire inexpugnable derrière son goulet de quatre kilomètres de longueur garni de batteries; nous eussions fait notre pèlerinage à Santiago et ramassé des coquilles à El Padron, au bord de l'Ulla; étudié les mœurs patriarcales des Gallegos ; c'est le nom qu'on donne aux habitants de la Galice. Mais le temps nous faisait défaut, et notre itinéraire courait droit sur Madrid.

Du reste, à l'intérieur de la Péninsule, nous devions retrouver éparse toute une émigration des gens de la Galice. Les Gallegos sont les Auvergnats et les Limousins de l'Espagne; ils vont dans les autres provinces en été pour faire la moisson ; ils sont ouvriers et portefaix, mozos de cordel ; ils réjouissent du son de la musette et des castagnettes les rues des cités , comme le font en France les orgues de Barbarie ; et les Gallegas, nourrices et bonnes d'enfants à Madrid, comme les Normandes à Paris, font l'ornement des promenades publiques à certaines heures , et rehaussent de leur bonne mine et de leur costume pittoresque le faste des grandes maisons. L'orgueilleux Castillan maltraite les Gallegos : « He sido tratado, dit le proverbe, como si fuera un G aile go ; on m'a traité comme si j'étais un Galicien. » Et nous avons entendu le roi don Alphonse , prêtant le serment demandé par le Gid, consentir, s'il était parjure, à mourir de la main d'un Asturien d'Oviedo. Pourquoi les Castillans oublient -ils que les Asturies furent le berceau de leur indépendance, que les Gallegos comptent parmi leurs meilleurs soldats , et que le Léon eut vingt -quatre rois avant que la Castille, affranchie des Maures par Alphonse le Catholique, au milieu du vuie siècle, eût à elle une législation :

Tuvo veinte y cuatro rey< Antes que Castilla leyes?

es

Page 1