CHAPITRE III
lien n'est pas moins déclamatoire ; celui des Anglais, moins dédaigneux et boursoufflé ; celui des Allemands, moins provocateur et outrecuidant. Que chaque peuple fasse donc son examen de conscience , en partant de ce principe posé par les maîtres de la vie spirituelle et qui peut s'appliquer aux nations comme aux individus, savoir, que la connaissance de soi-même et le sentiment de ses propres défauts est une condition essentielle de conversion et de perfectionnement.
Le vénérable marquis était de ces hommes sages dont le cœur et l'imagination s'échauffent, sans que leur esprit perde rien de sa rectitude ni de sa modération. Il fut notre bienveillant et docte cicérone à la cathédrale, à l'Alcazar, à Santa-Maria-Blanca, à l'hôpital de Santa-Cruz, à San-Juan-de-los-Reyes, monuments qui offrent tous un intérêt du premier ordre ; enfin, par un beau soir, il nous convia dans sa villa située sur une colline voisine de la cité, sur la rive gauche du Tage, en face de la Vega et de l'emplacement où s'élevait la basilique wisigothe de Sainte- Léocadie, dans laquelle furent tenus les fameux conciles de Tolède, premières cortès ou états généraux du royaume. Mais un mot d'abord des monuments.
La cathédrale, un des plus remarquables et des plus riches monuments de l'Europe, est encore une création du xme siècle, cette grande époque de la civilisation chrétienne, des grandes églises gothiques, des croisades, de saint Thomas et de saint Louis. Durant cinquante ans, l'architecte Pedro Perez en dirigea la construction. Ses huit portes sont peuplées de statues
et de statuettes, traduction en pierre des deux Testaments; et deux tours, dont l'une haute de cent huit mètres, s'élancent de la façade principale. Nous y montâmes pour jouir du panorama de la ville et du paysage. De là nous pûmes suivre les replis du Tage et admirer l'exubérante fertilité de la Vega, qui contraste avec l'aspect noir et désolé des Monts de Tolède. La ville se présentait à nous comme une agglomération étrange de maisons et d'églises entassées les unes sur les autres. Les places trop petites, le réseau des ruelles, car il n'y a pas de rues, n'indiquaient aucun moyen de circulation. Ce n'est point seulement le système de construction mauresque qui se trahit ainsi , mais l'insuffisance des mamelons sur lesquels s'est assise Tolède, pressée par la ceinture de ses remparts.
La tour de la cathédrale contient une cloche énorme, mais fendue dans une partie de sa hauteur; sur le battant de bronze , ciselé et ornementé , on lit cette inscription :
peso 1543 arrobas; Je pèse 35,600 livres.
J'ai cru lire aussi 1637 comme date de la fonte de ce morceau.
Nous entrâmes dans l'église par le beau cloître gothique qui règne sur le flanc du nord et qui abrite de grandes peintures murales. L'une des plus populaires représente au vif un enfant de la physionomie la plus touchante, mis en croix par les Juifs : de telles scènes