CHAPITRE III
ne doivent pas peu contribuer à entretenir l'aversion séculaire qui a banni les Juifs de la Péninsule. A cause des dispositions du coro et du sanctuaire ou capilla mayor, qui, nous l'avons vu, obstruent l'intérieur des grandes églises d'Espagne, c'est en y pénétrant par les portes latérales du transsept qu'on peut le mieux juger de leur ensemble. Ainsi se développèrent, suffisamment pour nous causer le religieux saisissement de l'âme, effet propre de l'architecture gothique, les cinq nefs delà cathédrale, longue de cent treize mètres cinquante centimètres, haute de cinquante sous les clefs des voûtes centrales, et éclairée par* sept cent cinquante verrières de couleur, qui représentent le Nouveau Testament.
Déjà, en parlant de la statuaire espagnole, nous avons mentionné le travail de Berruguete et de Jean de Bourgogne à la silleria, ou rangées des stalles du chœur, rehaussées de colonnes de jaspe, de médaillons d'albâtre , mais dont les bas-reliefs de bois figurent les scènes du Nouveau Testament et l'histoire de la prise de Grenade. 11 faudrait noter aussi la merveilleuse grille du sanctuaire et son crucifix, œuvre de Francisco de Villalpand; derrière le sanctuaire, l'étrange retable de marbres blancs et de bronze doré, de nuages et de rayons de marbre qui s'élève jusqu'à la voûte, et dont les lignes, projetées avec une hardiesse folle et sans goût, éblouissent le regard; les magnifiques tombeaux qui peuplent les chapelles , grandes comme des églises, ajoutées à la basilique, et dans lesquelles reposent, à côté de rois et d'infants
ou fils puînés des rois d'Espagne, les Mendoça, les Albornoz, Espagnols illustres, taillés comme hommes sur le patron des héros antiques, mais d'ailleurs rudes chrétiens et souvent dignes de l'auréole des saints.
Que dirai -je de la sacristie, qui, à Tolède comme dans les grandes églises d'Espagne et d'Italie, le dispute pour la richesse artistique au temple lui-même? « La voûte , peinte par Luca Giordano , représente la Descente de la Vierge apportant à saint Ildefonse une chasuble en toile du ciel. » C'est une des œuvres les plus remarquables de cet éminent artiste. Les murs latéraux sont couverts de tableaux remarquables. A droite est le vestiaire, où se trouvent d'autres peintures dues à des maîtres célèbres, et au delà une petite salle où l'on conserve les merveilles du trésor de la cathédrale. C'est d'abord la grande custodia, où l'on place le saint Sacrement à la procession de la Fête-Dieu. Elle est en argent doré, de cinq mètres cinquante centimètres de hauteur, de forme pyramidale, composée de trois corps, d'une richesse inouïe d'ornements et de ciselures. Les diamants y sont semés en profusion et aussi les émaux les plus précieux. Toutes les pièces de cette immense machine sont assemblées par quatre-vingt mille viroles, et il a fallu rédiger un livre tout entier pour indiquer comment elle se démonte et comment s'en classent toutes les parties. La fabrication, qui a duré cent ans, est l'œuvre de trois générations d'artistes allemands , Henri de Arph, son fils et son petit-fils. On n'admire pas moins le manteau de la Vierge du sanctuaire ,