‹ L'Espagne, orné de quatre gravures d'après M. Gustave DoréChapitre 44 sur 174 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

brodé en 1762, et sur lequel ont été accumulés huit kilogrammes de semence de perles, quatre-vingt-cinq mille perles, un nombre immense de diamants, de rubis, d'améthystes et d'autres pierres précieuses. Le vêtement de l'Enfant-Dieu, la couronne et les bracelets sont aussi merveilleux que cet ornement sans pareil. » Citons enfin les statues en argent massif des quatre parties du monde, puis l'épée d'Alphonse VI (qui enleva Tolède aux Maures en 1085), une urne dans laquelle sont renfermés les ossements des rois goths Wamba et Recesuinte.

« De la sacristie on passe dans la chapelle du Sagrario, qui fut construite sur l'emplacement même où , lors de la conquête de Tolède par les Sarrasins , on avait enfoui la sainte image de la Vierge. Cette chapelle est divisée en plusieurs parties , dont la plus intéressante est Yochavo, ainsi nommée en raison de sa forme octogone. L'ochavo est une espèce de monument digne d'être cité parmi les plus remarquables monuments chrétiens. Les bronzes et les marbres s'y disputent la place. Des arcs, pratiqués entre les croisées et partagés en plusieurs compartiments, recèlent un nombre infini de saintes reliques et les corps de sainte Léocadieet de saint Eugène, dans des cercueils d'argent, couverts de ciselures et de reliefs; puis, de tous côtés, des bustes, des statues de pierre, d'argent et d'ivoire , des croix, des reliquaires d'un grand prix, et enfin une petite statue de l'enfant Jésus en or et fort vénérée. »

J'ai voulu, par cette citation, donner du moins

une faible idée des richesses qui figureraient dans un inventaire complet. Les custodes qui reçoivent l'ostensoir pour la procession du Corpus Christ? ont fréquemment, en Espagne, de grandes proportions comme la custode de Tolède. Ce sont des édifices en miniature. Et il faut se rappeler que les rois de Castille ont autrefois possédé le Mexique et le Pérou, les sources les plus abondantes des richesses du globe en métaux précieux, pour comprendre la profusion de l'or, de l'argent et des pierreries consacrées à la gloire de la sainte Eucharistie et à l'ornement des images des saints. La Vierge de Tolède, miraculeusement préservée depuis la conquête des Maures , est noire, comme les plus vénérées qui soient en Europe. L'Ecriture dit de la Vierge, selon l'interprétation de l'Eglise : « Nigra sum, sed formosa, je suis noire, mais je suis belle; nolite considerare quod fusca sim, quia decoloravit me sol; ne considérez point que je suis devenue noire, c'est le soleil qui m'a ôté ma couleur. » Ces paroles, au sens mystique, s'entendent des souffrances de la sainte Vierge, qui l'environnent de deuil et de tristesse , mais qui rendent la sainteté de son âme plus éclatante aux yeux du Seigneur. De là, sans cloute, le teint noir des madones les plus anciennes et les plus miraculeuses.

Comme la basilique du Vatican a son atelier de mosaïque, celle de Tolède conserve sa fabrique de guamasiles, tapis et tentures de cuir imprimé etdoré, vieille et célèbre industrie qui n'est plus maintenant, croyons-nous, qu'au service de l'église de Tolède. On

Page 1