CHAPITRE III
voit de ses produits sur les tables et les crédences de la sacristie.
A l'intérieur du même édifice nous remarquâmes, au déambulatoire, un arc angrelado ou de ondas, c'est-à-dire formé de lobes multiples, qui caractérise l'architecture mauresque; mais ici, sauf ce détail, l'art est chrétien, tout à fait indépendant, et les monuments arabes d'Espagne sont bien petits et bien mesquins auprès de celui- Là : n'en déplaise aux Arabomanes.
Près du bénitier, à l'entrée du nord, contre un pilier de la première nef, il y a un lit en cuir pour les enfants exposés; une inscription recommande de mettre avec eux un billet, afin qu'on sache s'ils ont reçu le baptême.
A un autre pilier de la nef principale est figurée l'apparition de la Vierge à saint Ildefonse; nous touchâmes du doigt , pour le baiser ensuite , comme le faisaient au même instant d'autres pèlerins, la pierre blanche enfermée sous une grille, et sur laquelle la Vierge a posé son pied : circonstance qui explique la légende empruntée au psaume et placée au-dessus de la pierre consacrée :
Adorabimus in loco ubi steterunt pedes ejus.
« Nous lui rendrons nos hommages là où ses pieds se sont reposés. »
Saint Ildefonse, disciple de saint Isidore de Séville, devint archevêque de Tolède, au milieu du vne siècle, et il écrivit un livre intitulé : De laudibus Vitginis
Mariœ, ou Des louanges de la Vierge Marie : ce livre respire la tendre piété dont l'auteur était animé envers elle et qui lui a mérité le surnom de Chapelain de la Vierge. Saint Ildefonse en fut récompensé par une insigne faveur. Vers la fête de l'Assomption, s'étant disposé par trois jours déjeune à cette solennité, il s'en alla de grand matin à l'église, selon sa coutume, assisté seulement d'un diacre et d'un sousdiacre; et, dès l'entrée, il aperçut la très-sainte Mère de Dieu, assise sur le trône épiscopal, entourée d'une troupe de vierges qui chantaient d'une voix ravissante. Alors la divine Marie, l'envisageant d'un regard souverainement aimable, lui dit ces paroles : « Approchez, serviteur de Dieu très-fidèle; recevez ce présent de ma main : je vous l'ai apporté du trésor de mon Fils. » C'était une très-riche chasuble dont elle le revêtit, lui ordonnant de s'en servir seulement aux jours de fête qui seraient célébrés en son honneur. Tel est le miracle cent fois reproduit, par les peintres et les sculpteurs , dans la ville et spécialement à la cathédrale de Tolède.
On y rend aussi un grand honneur à sainte Léocadie , qui reçut la couronne du martyre sous Dioclétien. Un jour, saint Ildefonse était en prière près de son tombeau avec le roi Recesuinte, dans la basilique élevée en son nom au bord du Tage, où est maintenant le cimetière des chanoines. La sainte sortit du sépulcre, dont le couvercle se leva de lui-même : il était pourtant si lourd que plusieurs hommes à peine auraient pu le remuer. Prenant par la main l'archevêque,