‹ L'Espagne, orné de quatre gravures d'après M. Gustave DoréChapitre 46 sur 174 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

devant toute l'assistance, elle dit : « 0 Ildefonse, par vous la vie de Notre-Dame a été maintenue; » ce qui signifiait qu'il avait victorieusement défendu l'immaculée virginité de Marie contre les hérétiques. Après quoi Léocadie se retira en son tombeau ; mais le saint saisit l'épée du roi,' et coupa un morceau du voile qui couvrait la tête de la vierge martyre. Ce voile, objet de la vénération des habitants de Tolède, a inspiré 'les artistes, comme la chasuble de saint Ildefonse.

Le voyageur ne doit pas quitter la cathédrale de Tolède sans assistera l'office mozarabe qui se célèbre dans une chapelle spécialement consacrée à cette intéressante liturgie. L'office y est chanté en même temps que celui des chanoines de la métropole; mais, grâce à la disposition intérieure que nous avons signalée dans les églises d'Espagne et à l'immensité du monument, ces chants simultanés ne se troublent pas les uns les autres. C'est à peine si les frémissements de l'orgue du coro viennent s'éteindre sourdement sous la voûte de la chapelle mozarabe. La principale décoration de cette dernière, c'est la peinture murale à l'huile qui représente, sous l'arcade du fond, creusée dans l'épaisse muraille , l'embarquement du cardinal Ximenès à Carthagène pour l'Afrique, en 1509, et la prise d'Oran par ses troupes. Le paysage qui figure cette ville, au moment où les Espagnols en escaladent les murailles, a été peint de fantaisie, sans qu'on eût égard à l'aspect réel d'Oran et de ses alentours.

La présence du célèbre cardinal est ici toute natu-

relie; car il est le fondateur de la chapelle mozarabe et de son chapitre. Il a fait imprimer, avec la magnificence qu'il apportait dans les œuvres de ce genre, les monuments de cette liturgie vénérable , dont on attribue à saint Isidore de Séville la dernière rédaction. Toutefois les liturgistes y découvrent bien des choses ajoutées depuis. Elle doit son nom aux mostarabes ou mozarabes , c'est-à-dire aux chrétiens mêlés aux Arabes, qui l'ont conservée et suivie pendant le temps de la domination des Maures en Espagne.

On l'appelle aussi gothique à cause de son origine, au temps des Wisigoths. La liturgie romaine lui a été substituée au xi° siècle par les soins de saint Grégoire VII et d'Urbain II, du moins dans les royaumes de Gastille et d'Aragon, et il ne paraît pas qu'on la suivît nulle part après l'expulsion des Arabes d'Espagne. Le saint-siége avait les plus graves raisons de vouloir l'unité liturgique; mais il attachait assez d'importance à la conservation des traditions renfermées dans les liturgies particulières, pour autoriser plus tard le cardinal Ximenès à faire imprimer le missel et le bréviaire mozarabes afin d'en rétablir l'usage dans une chapelle de la métropole.

L'historien Roderic de Tolède rapporte que la suppression de l'office gothique causa un soulèvement dans le royaume. Il fallut recourir aux épreuves du duel et du feu pour arrêter le choix entre les deux missels. Le roi choisit un homme pour l'office romain, le peuple en choisit un autre pour le gothique. Le champion du romain fut tué. Les flammes aussi au-

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