‹ L'Espagne, orné de quatre gravures d'après M. Gustave DoréChapitre 47 sur 174 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

raient consumé entièrement le livre romain et respecté le mozarabe. Mais Roderic vivait plus d'un siècle après, et il ne parle que sur ouï-dire, sans citer aucun auteur contemporain.

Sauf cette chapelle de la cathédrale de Tolède, où l'on conserve la liturgie mozarabe, et quelques autres chapelles où il est permis de la suivre à certains jours, nous retrouvons partout en Espagne la liturgie romaine conforme à celle qu'on suit en Italie, en France, dans la Grande-Bretagne, en Allemagne, en Amérique, dans les missions latines du Levant, dans celles de l'extrême Orient, en Afrique, en Océanie. Admirable unité, qui fait puissamment ressortir l'unité fondamentale de la foi, et qui permet de s'associer partout avec facilité à la prière publique ! Je ne saurais dire de quel prix est pour le voyageur cette identité des rites et des chants sacrés, ou du moins d'une partie de ces chants, qu'il retrouve partout, malgré la diversité des peuples et des langues.

On ne peut signaler que des usages sans importance liturgique parmi ceux qui sont propres aux églises d'Espagne.

Si elles présentent d'abord un coup d'œil très-différent du premier aspect des églises de France, cela tient surtout à la séparation du sanctuaire et du chœur par la largeur du transsept, et à l'enceinte élevée qui sépare ces deux premières parties du reste de l'édifice; c'est ensuite à l'absence de bancs et au singulier effet produit par l'assistance féminine. Les hommes restent debout ou agenouillés; mais les femmes s'assoient par

terre , sur la pierre froide ou sur les nattes de sparterie, esteras, qui recouvrent une partie du pavé de la nef. Nous ne sommes pas plus accoutumés au mouvement des éventails qui s'ouvrent et se ferment sans cesse, en bruissant comme les ailes de l'oiseau effarouché dans sa cage.

Le prêtre, non plus qu'en Italie, ne porte pas la croix sur la chasuble. Sa barrette offre quatre pointes aiguës, et prend ainsi quelques airs d'architecture chinoise qui tout d'abord surprennent. Avec le calice, il y a double palle et double corporal, et plusieurs des linges d'autel sont généralement chargés de broderies et enrichis de dentelles ou de bordures à jour. Les nappes disparaissent communément sous une toile cirée, bien peu convenable quand elle est vieille, et qui s'ouvre seulement à la place de la pierre consacrée , pour qu'on y place le calice. A la messe , l'officiant ne met pas l'eau dans le calice en la versant de la burette; mais il se sert d'une petite cuiller d'argent qui permet de mesurer plus exactement la minime quantité d'eau à mêler avec le vin.

Dans les processions, le saint Sacrement est porté tantôt sur un char triomphal, tantôt par plusieurs prêtres, qui soutiennent les pesantes custodes où se pose l'ostensoir. Quand il s'agit d'une simple exposition, en beaucoup d'églises, une petit mécanisme permet de relever lentement les draperies qui environnent et cachent l'ostensoir; et le saint Sacrement se découvre peu à peu avec un effet qui nous semblait légèrement théâtral. A ce moment, comme à l'éléva-

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