CHAPITRE III
tion durant la messe, les fidèles se frappent la poitrine, quelquefois avec une vigueur inusitée parmi nous.
Le signe de la croix, tel qu'il se fait en Espagne, est assez compliqué. Il est au moins quadruple, car on le trace 1° sur le front, en disant : por ht senal de hi cruz, par le signe de la croix; 2° sur la bouche , en disant : de nuestros enemigos , de nos ennemis; 3° sur le menton, la poitrine et les épaules, en disant: Libra nos, senor Dios nuëstro : Délivrez-nous, Seigneur notre Dieu; 4" sur le front, l'estomac et les épaules, comme nous le faisons en France, et en ajoutant : In nomine Patris, etc. ; 5° on met le pouce en croix sur l'index, et l'on baise la croix ainsi figurée. Ces signes réunis indiquent qu'on doit être disciple de Jésus-Christ : corde , ore et opère, de cœur, de parole et d'action.
Nous faisions la plupart de ces remarques dans la cathédrale de Tolède.
Après avoir mesuré de l'œil, au croisillon du midi, une peinture de saint Christophe qui a plus de treize mètres cinquante centimètres de hauteur, nous sortîmes de l'édifice par la porte des Lions, dont nous admirâmes les statuettes , les dais et les ventaux de bronze. Ces gigantesques images de saint Christophe, portant Y enfant Jésus sur ses épaules et traversant un torrent, ont presque disparu en France; mais elles sont très-communes en Allemagne et en Espagne, * où elles atteignent des proportions inouïes. On sait qu'elles ne représentent pas un saint Christophe his-
torique, bien qu'il y ait des saints de ce nom dans le calendrier, mais la légende symbolique de ce géant qui. voulant servir le plus puissant roi de la terre, quitta le roi de Chanaan pour s'engager au service du diable, et le diable pour passer au service du Christ, dont la croix avait mis le diable en fuite. Sur l'avis d'un solitaire, il se consacra, par charité, à passer les voyageurs du bord d'un torrent à l'autre. Un jour, un enfant se présenta qui pesa sur les épaules du géant d'un poids étrange et lourd comme le monde. « Ne t'en étonne pas, Christophe, dit l'enfant ; tu portes non -seulement le monde, mais le créateur du monde ; car je suis le Christ. » De là ce géant des églises d'Espagne, traversant le torrent, un arbre pour bâton à la main, et portant l'enfant qui tient le globe terrestre. On applique cette légende à l'histoire de l'humanité, qui passe du paganisme au christianisme, et de cette vie laborieuse aux rives éternelles. Les proportions et l'exposition frappante de saint Christophe ont fait supposer à des esprits faibles qu'il y avait une grâce extraordinaire attachée à un regard porté sur cette image. De là cette inscription commune :
CHRISTOPHORUM VIDEAS, POSTEA TUTUS EAS.
Regarde saint Christophe, et ensuite marche sans
crainte.
Nous avons trouvé, par exemple, à Valence comme à Munich, ce sujet gravé dans les petites images de