CHAPITRE III
piété : ce qui montre sa popularité parmi les Espagnols.
Notre cicérone nous conduisit, dans une dépendance de la cathédrale, à la bibliothèque du chapitre , où nous admirâmes le Livre d'heures de Jeanne la Folle, en vélin et orné de miniatures, et celui de Charles-Quint, où les prières latines, espagnoles, allemandes, françaises, indiquent à la fois la connaissance des langues et l'étendue de l'empire que possédait ce grand homme.
Puis nous allâmes à Santa-Maria-Blanca : selon les historiens et antiquaires de Tolède, c'était une synagogue du temps de Jésus-Christ. Si, comme ils le veulent encore , la construction actuellement en réparation est antérieure aux Arabes, elle ruine l'opinion généralement reçue , qui attribue à ces derniers le système d'architecture caractérisé par l'arc de herradura ou en fer achevai. Santa-Maria-Blanca offre, en effet, une complète application de ce système, et même l'emploi des arabesques et des inscriptions comme ornements. Les inscriptions sont en langue hébraïque. Parmi les chapiteaux, d'une extrême variété, on en distingue où les entrelacs et la pomme de pin rappellent les décorations de l'école byzantine. Nuestra-Senora-del-Transito est également une ancienne synagogue, mais dont les murs offrent moins d'intérêt que ses charpentes en cèdres du Liban.
Revenus au Zocodover, principale place et marché de la ville, dont le nom rappellerait suffisamment le règne des Arabes (souk en arabe signifie marché),
quand même un grand arc mauresque ne s'y ouvrirait pas sons l'horloge municipale, nous descendîmes à l'hôpital de Santa-Gruz, où l'architecte Henri de Egas a fait preuve d'un goût exquis en unissant à l'art gothique les premières et originales inspirations de la renaissance. Quelle élégance et quelle richesse dans ce portail décoré de dais et de statuettes moyen âge, de colonnes en balustre et d'ornements en basreliefs qui ont presque la pureté de dessin de la belle renaissance italienne î Mais aussi comme le soleil d'Espagne a doré ces sculptures! Où la pierre revêtelle une teinte plus heureuse? La chapelle et le grand escalier du cloître répondent à cette noble façade, et l'ensemble du monument est bien digne de son fondateur, le cardinal Mendoza, humblement agenouillé sur le tympan du portail.
L'Alcazar, en arabe el casr, le château, élevait audessus de nous sa masse imposante. Nous gravîmes, pour y arriver, une rue des plus roides. Mais nous oubliâmes toute fatigue sur cette esplanade embaumée parles arbustes et les fleurs, d'où nous découvrions des horizons splendides par delà la Vega et les monts de Tolède. C'était d'un côté la nature qui attirait et fixait nos regards dans une contemplation prolongée; de l'autre, c'était l'art, dans un des édifices les plus beaux de ce xvie siècle, qui n'a de rival que le xme. Malgré son nom arabe, FAlcazar actuel a été construit par Charles-Quint, sur l'emplacement d'un château plus ancien , et son achèvement date de 1551. Les architectes Alphonse Covarrubias et Juan Her-