‹ L'Espagne, orné de quatre gravures d'après M. Gustave DoréChapitre 53 sur 174 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

misérable, dépourvue de ces éléments de civilisation que vous venez d'indiquer.

— Je n'ai guère entendu raisonner autrement , ajouta William ; c'est l'idée que m'aurait laissée la lecture de votre historien Gonde, qui a écrit Y Histoire de la domination des Arabes en Espagne. Mais, bien que je connusse peu les temps qui ont précédé l'arrivée des Arabes, je me défiais instinctivement de ce livre enthousiaste.

— Vous avez raison, dit le patriotique vieillard; l'auteur que vous nommez semble , avant d'écrire , avoir abjuré son baptême et coiffé le turban; il reproduit platement les récits des infidèles, dominateurs de sa patrie, et il recueille avec respect leurs injures et leurs blasphèmes, sans mettre dans ses recherches la critique nécessaire. »

Stimulé par nos paroles , et pour répondre au vœu exprimé par William, don*** esquissa largement l'histoire de son pays avant la conquête des Maures, de manière à mettre en évidence la fausseté de l'opinion généralement répandue qui fait jouer aux musulmans d'Espagne le rôle d'initiateurs dans la civilisation de cette contrée et de l'Europe même.

La ^péninsule hispanique , peuplée d'Ibères , de Celtes et de Celtibères, reçut longtemps avant Jésus- Christ des colonies de Phéniciens, de Grecs et de Carthaginois, attirés par ses richesses de toute nature. Ils y échangeaient les produits de l'Orient, spécialement contre les métaux, l'or, l'argent, le fer. Aristide, par une exagération qui prouve du moins

l'abondance des mines du pays, raconte que les Phéniciens à Tartessus (Tarifa selon quelques-uns) acquirent une si grande quantité d'argent, que leurs vaisseaux ne purent l'emporter tout entière et que leurs ancres étaient du même métal. Ils s'installèrent à Cadix, à Malaga, à Gordoue même, à Garteja, dont les ruines sont voisines de Gibraltar et que plusieurs prennent pour l'ancienne Tharsis de la sainte Écriture. Les Grecs et les Phocéens fréquentèrent les côtes de Catalogne , de Valence , et y firent quelques installations.

Les Carthaginois aspirèrent à se rendre maîtres de toute la contrée. Ils assirent fortement leur domination en Bétique, l'Andalousie moderne , et le progrès de leurs armes s'étendit peu à peu. Toutefois ce n'est guère que deux cent vingt- cinq ans avant Jésus- Christ, sous les gouverneurs Hamilcar, père d'Annibal, et Asdrubal, fondateur de Carthagène, que la colonisation prit le caractère d'une conquête générale de la Péninsule. Les peuplades indépendantes de l'intérieur et les colonies grecques implorèrent le secours de Rome , dont la rivalité avec Carthage avait éclaté déjà dans la première guerre punique. Elles obtinrent l'alliance qu'elles désiraient.

Mais Annibal, à la tête de cent cinquante mille hommes, marcha contre Sagonte, dont les défenseurs succombèrent héroïquement sous les murs de la ville, tandis que leurs femmes et leurs enfants se jetaient volontairement dans les flammes d'un immense bûcher, qui réduisit la ville en cendres. Vous verriez à

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