CHAPITRE IV
premiers temps de l'empire; la lumière et les institutions du christianisme l'ont purifiée des erreurs et des vices de l'idolâtrie; les barbares du Nord, qui franchirent les Pyrénées, ont éprouvé l'heureuse influence de cette civilisation qu'ils ont troublée, mais qu'ils n'ont pas détruite; et c'est encore^à elle que les Maures, ces autres barbares du Sud venus par le détroit, sont redevables de presque toute leur gloire. C'est ce qu'il importe, mes amis, de bien comprendre; et je vous l'exposerai en évitant , si je le puis , les détails fastidieux.
Sous Auguste , au temps de Notre-Seigneur, voyez : les routes ouvrent des communications à travers tout le pays, des ponts nombreux sont jetés sur les rivières, qui de nos jours en comptent si peu; de nouvelles colonies romaines sont fondées, centres populeux et doués d'une force prodigieuse d'attraction et d'assimilation pour les indigènes. Si quelques chefs de bande comme Caracota , favorisés par les accidents de notre territoire si propre aux insurrections, lèvent l'étendard contre les aigles étrangères, les séductions de l'or et des dignités romaines en font des sujets dociles et des instruments de l'empire. C'est l'Espagne elle-même qui lui donne , qui donne au monde Trajan, Adrien, Marc - Aurèle , les meilleurs maîtres qu'ait eus l'empire avant Constantin. Ils ne pouvaient négliger leur pays ; aussi l'on y voit fleurir les arts de la paix. Les routes et les monuments publics se multiplient : le merveilleux pont d'Alcantara, en Estramadure, haut de quarante -huit mètres au-dessus
de l'eau, de soixante mètres en totalité, et long de cent quatre-vingt-huit; le bel arc de Torre-den- Barca, en Catalogne; le cirque d'Italica ou de la vieille Séville; la tour d'Hercule de la Corogne , revendiquée , il est vrai , par des archéologues au nom des Phéniciens ; le fameux aqueduc de Ségovie, avec ses cent dix-neuf arches s'élevant sur une hauteur de huit mètres à trente-sept et se déroulant sur une étendue de neuf cent soixante-sept mètres, ouvrage d'une hardiesse étonnante et dont les pierres noires, posées à sec, ne sont pas le moins du monde disjointes par le laps des siècles; l'aqueduc presque aussi admirable de Tarragone , ville dont l'enceinte , de soixante-huit kilomètres, contenait des centaines de milliers d'habitants ; une foule d'autres monuments, temples, théâtres, bains, aqueducs, attestent encore le séjour du peuple-roi et les progrès que la civilisation romaine avait faits en Espagne , toute pressurée qu'elle était au profit de la métropole impériale.
La province de Tarragone contenait douze colonies; la Bétique, neuf; la Lusitanie, répondant à peu près au Portugal actuel, cinq, sans parler des municipes, des villes libres et des autres centres de population classés selon leurs privilèges et d'après l'organisation administrative de l'empire, jusqu'à l'époque où Antonin déclara citoyens de Borne tous les citoyens soumis à son sceptre. Les indigènes entrèrent largement en participation des honneurs et des charges publiques, et la fusion s'établit assez entre eux et les