‹ L'Espagne, orné de quatre gravures d'après M. Gustave DoréChapitre 56 sur 174 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Romains pour que trois légions romaines, c'est-àdire environ dix -huit mille hommes, maintinssent l'obéissance et la sécurité dans ces vastes provinces.

Mieux peut-être que les monuments et la puissante organisation administrative du pays, les noms des grands hommes fournis par l'Espagne de cette époque à la science et aux lettres prouvent qu'elle était bien dégagée des ténèbres de la barbarie. Sénèque le Tragique, Quintilien le rhéteur, les poëtes Lucain et Martial, le docte Golumelle, sont Espagnols.

Pline le Naturaliste, dont le témoignage est considérable, nous apprend que l'agriculture n'y était pas moins avancée que l'architecture et les autres arts. Il vante la richesse du sol et la magnificence des récoltes en blé, en huiles, en fruits; les fines toisons des innombrables troupeaux de Bétique , la beauté des vignes et le mérite des vins d'Espagne, qui ne le cédaient point aux meilleurs d'Italie. De nombreuses mines étaient en exploitation, et leurs produits, comme ceux des manufactures, allaient augmenter dans les ports une activité commerciale que Garthage n'avait pas surpassée.

Columelle, l'auteur du livre célèbre De re rustica, qui traite de toutes les parties de l'agriculture et de l'économie rurale, était de Cadix. Grand propriétaire, il dirigeait lui-même la culture de ses fermes, et il nous parle d'un de ses oncles, riche agriculteur également, qui fit venir de Mauritanie des béliers à laine fine pour améliorer les troupeaux d'Espagne; et de là peut-être les mérinos, cette précieuse race de mou-

tons que vous ne connaissez en France que depuis Louis XIII, mais qui, depuis des siècles, est une des principales richesses de mon pays.

On ne peut s'empêcher de sourire quand on entend parler des Maures d'Espagne comme s'ils avaient enseigné à ce pays l'agriculture et l'élève des troupeaux, l'art des irrigations, la culture des fleurs et des jardins. Lisez, Messieurs, le dixième livre de Golumelle, qui l'écrivit en vers : tant cet esprit positif et pratique , comme il convient à un agriculteur, comprenait d'ailleurs les charmes de l'horticulture.

Les Wisigoths, envahisseurs de l'Espagne au vesiècle, conservèrent infiniment mieux qu'on ne le suppose l'héritage des Romains. Mais ce qu'ils y trouvèrent de plus précieux, ce fut la religion catholique, qui s'y était implantée depuis le temps des apôtres avec une vigueur dont vous pouvez juger encore aujourd'hui par la sève de l'arbre.

Évangélisée, comme vous le savez, par plusieurs des apôtres eux-mêmes, l'Espagne eut aussitôt de grands évêques et des martyrs sans nombre, signe de l'alliance consommée entre l'Evangile et tout ce qu'il y a de pur dans l'antique civilisation. Et voyez comme l'Espagne entière y est comprise, comme chacune de ses principales cités vous offre son héros chrétien , son docteur, son martyr : c'est Tarragone et l'évêque Fructuose, jeté dans les flammes avec Eulogius et Augurius; c'est Evora, nommée alors Ebura , et Colombe la vierge ; c'est Tolède et saint Eugène , son premier évêque, et sainte Léocadie, ce lis éclatant

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