‹ L'Espagne, orné de quatre gravures d'après M. Gustave DoréChapitre 58 sur 174 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Paul Orose de Tarragone écrivait l'histoire du monde sous l'inspiration de son maître saint Augustin; et son parent Lucius Dexter , fils de saint Pacien de Barcelone, composait ses Chroniques; Idacius Glarus, évêque de Mérida, et un autre du même nom, évêque de Chaves ou Aquœ Flaviœ en Portugal , publiaient de savants traités pour la défense de la foi. Au ve siècle, Dracontius honorait le sacerdoce, et chantait sur la lyre chrétienne la création du monde ; le moine Bacchiarius composait des opuscules où l'on entrevoit une érudition peu commune.

Gardez- vous de croire, chers amis, que le grand édifice de la civilisation élevé en Espagne par les Romains et par les pontifes chrétiens ait croulé de fond en comble sous les coups des barbares qui passèrent les Pyrénées au Ve siècle, de telle sorte que les Maures auraient eu à le relever de ses ruines au vme. Il n'en fut point ainsi.

Les Wisigoths ouj Goths de l'ouest, venus des bords de la Vistule, fondent, de 410 à 450, un royaume qui s'étend entre la Loire et l'Ebre, avec Toulouse pour capitale; Clovis, vers 507, les refoule au pied des Pyrénées, et ils s'étendent en Espagne, où ils choisissent Tolède pour capitale. Ils n'étaient point aussi barbares que les autres tribus germaniques encore idolâtres; car ils avaient embrassé l'arianisme dès le ive siècle et reçu le baptême; leur évêque Ulphilas avait traduit la Bible en gothique, idiome dont l'Espagne ne conserve, du reste, aucun monument. Or telle est la loi providentielle et la force morale de

l'Evangile, qu'un lambeau de christianisme suffit pour élever un peuple , sous le rapport moral , bien au-dessus du niveau de la barbarie païenne. Aussi les Goths eurent-ils les premiers d'entre les barbares des lois écrites au lieu de simples coutumes; et leurs premiers rois encore ariens, Euric, Alaric II, adoptèrent les lois romaines, comme le montre le code ou Bréviaire d' Alaric, emprunté presque tout entier au Gode théodosien. Quand le roi Ghindasuind, vers 652, abrogea la loi romaine pour y substituer son code, appelé Fuero Juzgo (Forum Judicum), que son fils Recessuind compléta, il y laissa prédominer les édits impériaux et des principes chrétiens qu'on ne retrouve pas en général dans les codes barbares du moyen âge. D'ailleurs la monarchie wisigothe était devenue catholique depuis Récarède Ier, converti vers 589 par saint Léandre de Séville , et sous cette influence la législation ne pouvait se dégrader. Quoique Léovigilde (569-586) eût, peu auparavant, mis à mort son propre fils saint Herménégilde pour s'être fait catholique, l'Église n'avait pas été victime des conquérants ariens; elle s'était maintenue partout, et, une fois unie à la monarchie par la conversion des princes, elle les fit marcher rapidement clans la voie de tousles progrès. Il n'est plus étonnant qu'au texte même de la loi le Fuero Jt/z</<> ajoute des exhortations morales, des dispositions sur le droit, sur la société; ce ne sont plus les coutumes barbares , où un crime est plus ou moins grave selon la race à laquelle appartient le coupable, ou selon la race de la victime; la loi wisigothe

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