‹ L'Espagne, orné de quatre gravures d'après M. Gustave DoréChapitre 59 sur 174 · CHAPITRE IV. H · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. H

s'applique au territoire, et elle est égale pour tous les peuples qui l'habitent, conquérants ou conquis; la preuve devant les tribunaux est donnée par témoins, au lieu que les barbares s'en référaient au duel entre les parties opposées; on pouvait en appeler à l'évêque de la sentence du juge, et ils revisaient ensemble le procès, ou bien l'évêque le revoyait seul, au refus du juge; la défense des pauvres et des esclaves en justice était assurée contre les puissants; et, bien loin d'avoir droit de vie et de mort sur son esclave, comme dans la loi de Rome païenne, le maître était puni de peines très-sévères s'il lui ôtait la vie sans qu'un jugement public eût constaté un crime et porté la sentence capitale. La vie et l'honneur de l'esclavage sont protégés au point que l'esclavage se transforme en simple servage. Les barbares considéraient moins, dans le crime, le mal moral que le dommage qu'il avait causé; voilà pourquoi on rachetait l'homicide et d'autres crimes pour une somme d'argent; mais la loi wisigothe considère plutôt le mal moral en lui-même, et n'admet point ces rachats. Les personnes emprisonnées et reconnues ensuite innocentes étaient indemnisées pour la peine préventive qu'elles avaient soufferte. Les lois sur l'indissolubilité et la sainteté du mariage, sur l'héritage partagé entre les enfants, filles et garçons; sur l'autorité maternelle égale à celle du père, sur cent autres points qu'il serait trop long d'énumérer, attestent, je le répète, une sagesse toute chrétienne, et qui fait ajuste titre l'admiration des esprits éclairés.

Afin que la loi fût populaire, et que chacun pût connaître plus facilement son droit, nul exemplaire du Fuero ne devait se vendre plus de douze sous, à peine de cent coups de fouet pour l'acheteur et le vendeur. Et ce code dura, chez les Wisigoths et les Espagnols, jusqu'au xme siècle, où Alphonse X le remplaça par son code intitulé les Partidas, qui fit revivre davantage les lois de Justinien, le droit romain, ce droit qui a été proclamé la Raison écrite, titre qu'il mérite lorsque la religion chrétienne l'a perfectionné. Certes, si les Maures ont fait progresser quelque chose en Espagne, ce n'est pas la législation!

Serait-ce par hasard l'agriculture? Mais elle tomba d'autant moins en décadence que les enfants, partageantégalement l'héritage paternel, étaient intéressés, par ce morcellement du sol, à en cultiver toutes les parcelles. Cassiodore, qui écrivait vers 550, nous apprend que l'Espagne exportait ses denrées en Italie et en Afrique; et le gouvernement eut à se plaindre, comme on le voit dans le recueil des lois wisigothes, de ce que les propriétaires attachaient à l'agriculture un intérêt qui privait la patrie des défenseurs armés dont elle avait besoin. Ouvrez ce recueil , et vous y trouverez que les propriétés sont circonscrites et préservées par des bornes et des rangées d'arbres; que les troupeaux sont parqués dans des enceintes fermées de fossés ou de haies vives; que le pacage est interdit à certaines époques pour laisser croître les prés. On cultivait la vigne, l'olivier, les arbres fruitiers, et, remarquez-le bien, on plantait des forêts.

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