CHAPITRE I
taires, civils, ecclésiastiques même, et nous lui trouvions un parfum essentiellement espagnol. Le nom & hidalgo est un titre de noblesse qui se décompose soit en ces mots : hijo de algo , enfant de quelque chose ou possédant quelque héritage; soit en ceux-ci : hijo de los Godos, enfant des Goths ou descendant des anciennes familles wisigothes, qui ont reconquis le pays sur les Maures. L' hidalgo est donc, à certain degré, noble et gentilhomme. Nous nous laissions donner de X hidalgo, malgré notre roture; cette expression ne nous semblait pas ridicule et servile comme Yeccellenza de Naples ou de Florence.
Les diligences espagnoles diffèrent sensiblement des nôtres pour l'attelage et la manière dont elles sont conduites. On y attelle deux à deux une douzaine de mules , ou bien des chevaux et des mules plus vigoureuses , aussi rapides et plus infatigables que les chevaux. Les colliers de grelots, les panaches, les pompons de laine verte, jaune et rouge, anciennes couleurs aimées des Maures , donnent à cette longue file de mules une physionomie fort curieuse. Le postillon monte à cheval en tête de l'attelage; il y reste dee grandes heures à un trot des plus fatigants, et qui semblerait devoir briser les constitutions les plus robustes. Trop éloigné du char pour atteindre de son fouet toutes les mules qu'il frappe en se retournant sur la selle , il est aidé par le zagal; celui-ci est un jeune homme qui s'assoit près du conducteur, mais qui descend de son siège et y remonte avec une rapidité et une adresse prestigieuses , alors même que la
diligence est lancée à fond de train. Il distribue, avec une violence trop souvent révoltante, les coups de fouet et de manche de fouet aux mules paresseuses ou rétives ; car il en est de l'Espagnol comme de l'Arabe; l'un et l'autre sont à la fois très -durs et très -bons dans la manière de traiter les animaux. L'Arabe aime son cheval et se priverait pour lui du nécessaire ; il se plaît à le parer de riches harnois, d'une selle de velours brodée d'or; mais il ne lui épargne pas l'effort ni la fatigue , et il se glorifie de tracer de la pointe de l'éperon un sillon sanglant qui commence au milieu du ventre et remonte sur les flancs jusqu'à l'épine dorsale. L'Espagnol n'a point assez de plumets , de pompons , de clochettes pour ses mules; il les excite en les flattant des beaux noms de coronela 1 capitana ! ce qui ne l'empêche point de leur rompre les os. Le zagal exerce un métier fort pénible; il ne prend pas de repos, et quand il ne stimule pas l'attelage à tour de bras, c'est à force de paroles et de cris , qui fatiguent le voyageur assoupi dans la berline et ressemblent au bruit que font plusieurs hommes qui se disputent. Quant au mat/oral ou conducteur, il garde la haute direction de l'équipage, et lui seul est en rapport avec les voyageurs. On n'est point obsédé de demandes de pourboire. Le pourboire, le dririk-money s le trink-geld> sont connus dans le Nord ; mais en Italie , c'est la buona mano ; chez les Arabes d'Orient, le batc/iich ; en Espagne on ne réclame rien. On voit par là que si l'Italien est mendiant, il