‹ L'Espagne, orné de quatre gravures d'après M. Gustave DoréChapitre 7 sur 174 · CHAPITRE Ii · texte numérisé non relu

CHAPITRE Ii

n'est pas ivrogne, et que l'Espagnol n'est ni l'un ni l'autre.

On se tromperait beaucoup si l'on comptait parcourir toute l'Espagne dans une diligence comme celle qui nous emportait à travers les champs de maïs de la vallée de la Bidassoa. Cette voiture est une importation française, non pas un véhicule national. On va le voir.

Les Maures voyageaient et voyagent encore à cheval. Ils ont négligé les voies romaines qui sillonnaient la Péninsule, où l'on en comptait vingt-neuf de première classe. Les Espagnols du moyen âge chevauchaient à la façon des Maures, et ils s'accoutumèrent à se passer de grandes routes. Les transports de marchandises se firent à dos de mules. Cependant le clergé , les moines construisirent des chemins commodes pour mener aux lieux de pèlerinages les plus célèbres , au Mont-Serrat , par exemple , et aux couvents du premier ordre. Les rois ont agi de même en faveur de leurs châteaux de plaisance et de leurs résidences d'été; mais ils n'ont pas compris l'importance des routes spacieuses pour le commerce , l'agriculture et tous les intérêts de la nation. Toutefois les descendants espagnols de Louis XIV héritèrent, jusqu'à un certain point, du sentiment qu'avait ce monarque des résultats féconds attachés aux travaux publics de ce genre, et ils relièrent à Madrid les principales villes du royaume. Bien qu'assez mal entretenus jusqu'à ces derniers temps, \escaminos reaies étaient un grand progrès sur les sentiers souvent impraticables

qui rendent encore plusieurs parties de l'Espagne presque inaccessibles à l'étranger.

Le règne d'Isabelle II marque l'ère nouvelle des chemins de fer, qui se construisent en Espagne avec une remarquable activité , et dont les actions , recherchées sur les marchés publics, prouveraient à elles seules combien grandes sont les richesses du pays et les espérances qu'il fait naître pour l'avenir. Quelques années de paix ont suffi pour produire en Espagne un élan qui réalise des projets dont les Anglais surtout s'étaient beaucoup moqués. Ils rappelaient avec ironie le dicton populaire : En Espana, se empieza tarde , se eoncluie nunca. « En Espagne, on commence tard, on ne finit jamais. » Et voici que les lignes de fer se déroulent comme par enchantement à travers les montagnes, les plaines et les plateaux même dépeuplés. Encore un peu, et les grands traits du réseau péninsulaire seront dessinés. Madrid communique avec Tolède, Valence et Alicante. Un embranchement pousse vers le sud et tend à rejoindre, à travers la Sierra-Morena , la ligne terminée de Cordoue à Cadix. De Madrid part encore un puissant rameau qui doit rejoindre à Saragosse la ligne de Bilbao à Barcelone. Bientôt enfin se rencontreront à Valladolid , sur la voie ferrée de cette ville à Santander, les travailleurs qui poursuivent, du nord au midi et du midi au nord , la ligne de Madrid à Bayonne , c'est-à-dire la ligne de Cadix à Paris, à Vienne, à Trieste, à Varsovie, à Saint-Pétersbourg.

Le peuple espagnol, loin de voir avec peine ces

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