CHAPITRE IV
école ecclésiastique dans chaque évêché; le quatrième, en 633, disait : « L'ignorance, mère de toutes les erreurs, doit être évitée surtout par les prêtres du Seigneur : Ignora iitia, mater cunctorum errorum, maxime in sacerdoiibus Dei vitanda est. »
Chaque monastère avait une école et une collection de manuscrits. Et si saint Isidore de Séville détourna les moines de s'occuper de la littérature païenne, ce n'était pas qu'il en condamnât l'étude; mais il voulait que le religieux fût absorbé par celle de la science sacrée. Ses propres écrits, ce qu'il dit de l'organisation des bibliothèques, montrent avec quelle avidité on rassemblait en Espagne tous les trésors de l'esprit humain. 11 y avait une bibliothèque royale, et les rois Sisebuth, Recessuind, s'occupaient des belles-lettres. Celui-ci fit revoir par Braulion, évêque de Saragosse, le poëme de Dracontius sur Y Hexameron ou l'Œuvre des six jours de la création. Sisebuth écrivit lui-même la Vie de saint Desiderius; et saint Isidore lui dédia, comme à un juge compétent, son ouvrage sur la Nature des choses. Il envoya Tajo, évêque de Saragosse, tout exprès à Rome pour avoir un exemplaire des Morales du pape saint Grégoire le Grand. Longtemps avant lui, on avait vu saint Donat rapporter d'Afrique une cargaison de manuscrits.
Aussi l'Espagne wisigothe nous présente une liste fort honorable de Pères et d'écrivains ecclésiastiques. Jean, évêque de Gerundum, fondateur du couvent de Biclare, continue la Chronique de l'Africain Vietor de Tune; la persécution du roi arien Léovigilde l'avait
retenu dix-sept ans à Gonstantinople; mais, wisigoth de naissance, il avait profité de son exil pour apprendre le grec et le latin. Maxime, évêque de Saragosse, écrivit l'histoire de l'Espagne sous les Wisigoths, ouvrage malheureusement perdu; l'évêque de Tolède, Julien, nous a laissé le récit d'une expédition militaire du roi Wamba. Saint Léandre (540-596), évêque de Séville, romain d'origine, fut aussi exilé par Léovigilde pour avoir converti plusieurs princes wisigoths; il revint d'Orient, et donna les instructions de la foi catholique à Récarède, l'héritier du trône. Ses écrits sur la vie religieuse des femmes et le bien de l'Église , ses travaux liturgiques , montrent qu'il unissait la science à la sainteté. Il fut, ce n'est pas la moindre de ses gloires, le maître de son frère saint Isidore, qui lui succéda sur le siège de Séville (601-636). Phare lumineux allumé par la Providence pour éclairer l'Occident durant cette période encore troublée de la chute du monde romain, saint Isidore, docteur de l'Église , est un génie encyclopédique qui résume dans ses ouvrages la science tant sacrée que profane de l'époque où il a vécu. Ses vingt livres des Étymologies, où, en expliquant les mots, il entre fort avant dans la connaissance des choses ; ses commentaires de l'Écriture, son traité des Écrivains ecclésiastiques, sa Chronique depuis Adam jusqu'en 626, comme ses autres ouvrages, témoignent d'une érudition égale à sa piété. Citons encore le wisigoth saint Ildefonse, archevêque de Tolède, son disciple, son continuateur et son biographe; saint Julien, mort sur