CHAPITRE IV
le siège de Tolède en 690; saint Braulion, évêque de Saragosse , dont saint Isidore a dit : « Il releva l'Espagne tombée en décadence; il rétablit les monuments anciens, et nous préserva de la rusticité et de la barbarie; » Tajon, son successeur, qui forma une Chaîne d'or de passages empruntés aux ouvrages des saints Pères; Paul, diacre de Mérida; saint Martin de Dume, et tant d'autres dont le nom et les œuvres ont péri sous le flot sanglant et fangeux de l'invasion musulmane.
S'agit-il des beaux-arts? Les monuments de sculpture et de peinture font défaut pour juger de la civilisation des Wisigoths sous ce rapport; mais leur monarchie n'a subsisté au sein du catholicisme que l'espace d'un siècle et demi; et ce n'est pas dans ce court espace de temps que des arts si difficiles et si lents à se développer peuvent beaucoup progresser chez an peuple encore^jeune. Quanta l'architecture, quelques églises des Asturies et, dans mon opinion personnelle, Sainte-Léocadie de Tolède; les constructions militaires que nous avons ici sous les yeux, comme en France les puissantes murailles de Carcassonne et d'autres villes où les Wisigoths ont laissé trace de leur passage; les exclamations poussées par les Arabes émerveillés à la vue des palais et des églises, ornements des villes dont ils s'emparaient; tout, en un mot, concourt à nous donner une idée assez favorable du mérite des monuments publics de l'Espagne aux vie et vne siècles. Ce n'est pas à dire que les Wisigoths eussent créé une architecture ou
tous les éléments constitutifs d'un style à eux; mais ils ont adopté l'architecture romaine et byzantine, dont les monuments étaient nombreux dans la Péninsule; de là les colonnes avec leurs chapiteaux à corbeilles de feuillage , les arcs cintrés, la coupole à base circulaire reposant sur quatre murs en carré, et se rattachant aux angles du carré par le moyen du membre de construction appelé pendentif. S'ils ont ajouté quelque chose à ces éléments, c'est l'arc de hefradura ou en fer à cheval et l'arc à plein cintre outrepassé, que rien n'autorise à attribuer aux Arabes; car ces arcs se retrouvent dans des édifices plus anciens qu'eux en Espagne et dans ceux qui datent du commencement de leur occupation. Or ces envahisseurs de l'Espagne n'avaient pas d'architecture à eux quand ils ont passé le détroit, puisque leurs bandes se composaient de demi-sauvages de l'Atlas et de cavaliers bédouins vivant sous la tente.
Concluons donc, mes amis, que l' Espagne wisigothe était un pays sorti de la barbarie, et déjà riche des trésors de la civilisation en tout genre, lorsque les hordes musulmanes commencèrent à l'envahir, par Algésiras et Gibraltar, en 711 et les années suivantes. Les Wisigoths ne pouvaient rien recevoir de ces hordes comme élément de bien ou de prospérité ; car de quels hommes se composaient-elles? Des Kabyles ou Berbères venant de la Tingitane (le Maroc actuel), plus rapprochés de l'état sauvage que de la barbarie, et d'Arabes avides d'or et de pillage, complètement étrangers aux sciences et aux arts.