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grandes entreprises, s'en réjouit et il en est fier. Nous constations, William et moi, la niaiserie des préjugés dont M. Ford a saturé son Handbook. Selon cet écrivain, le peuple espagnol, qui haïrait le mouvement à l'égal des Turcs, devait s'ameuter contre les étrangers et les hérétiques employés à la construction des voies ferrées; les muletiers dépossédés allaient s'insurger pour empêcher les richesses du pays de passer par d'autres mains que les leurs. Mais, au contraire, les hommes de toute classe se montrent reconnaissants envers les étrangers, envers les Français surtout, qui ont contribué à doter la Péninsule de ces utiles et magnifiques ouvrages. Seulement ils aspirent, par un amourpropre des plus louables, au jour où l'Espagne aura formé un assez grand nombre d'ingénieurs , de mécaniciens et de bons ouvriers, pour se suffire à ellemême.
L'Espagne, on pourra le dire, aura eu ses chemins de fer avant d'avoir des routes ; les véhicules primitifs les plus grossiers se croisent dans ses provinces avec les somptueux wagons de première classe. Elle passe en un instant des moyens de transport dans l'état d'enfance aux perfectionnements les plus avancés. Si l'on s'écarte un peu des huit à dix grandes routes, carreteras générales, parcourues par la malleposte, silla correo, et les diligences, on est réduit aux coches, lourds carrosses qui font quarante kilomètres par jour; aux galeras, énormes chariots à quatre roues, qui ressemblent aux voitures de rou-
lage des anciennes routes de France ; aux calesas et tartanas , plus petites, mais assises immédiatement sur l'essieu; aux carritos, légères charrettes non suspendues, tapissées Resteras ou de nattes de paille, et couvertes par des nattes semblables , disposées en berceau au-dessus des voyageurs. Même dans les diligences du premier ordre, on est très-durement assis; quant aux carritos, attelés ordinairement de deux mules en flèche, ils volent plutôt qu'ils ne courent à travers les chemins coupés de ravins ou hérissés de pierres. Les secousses que j'y ai endurées m'ont fait plus d'une fois cracher le sang ; c'est en vain que je demandais grâce aux conducteurs; ils ne s'inquiètent pas de touristes si douillets; et pourvu, comme on dit, qu'ils arrivent eux-mêmes avec le devant de la voiture , peu leur importe ce qui se passe par derrière.
Tout n'est pas rose dans un voyage en Espagne. Mais quelles compensations surabondantes aux piqûres de quelques épines !
De splendides paysages se déployaient à nos regards. C'était Fontarabie, la ville pittoresque, morte aujourd'hui, et dont les fortifications demi-ruinées attestent ce que lui coûtent les beaux titres de muy noble, muy leal, muy valerosa, siempre muy fiel, très-noble, très-loyale, très -vaillante, toujours trèsfidèle, qu'elle a reçus de ses rois reconnaissants. Ces nobles épithètes ou d'autres du même genre appar- I in mont, par concession du souverain, a grand nombre de villes d'Espagne, qui s'en montrent j a-