CHAPITRE VI
«En Espagne, dit M. Viardot, quatre écoles principales se formèrent, non successivement comme celles d'Italie, mais à peu près simultanément. Ce sont les écoles de Valence, de Séville, de Tolède et de Madrid. Les deux premières se fondirent bientôt dans les deux autres. » Celle de Valence alla se réunir à la grande école de Séville , comme les petites écoles de Cordoue , de Grenade et de Murcie; tandis que l'école de Tolède, avec les petites écoles de Barcelone et de Valladolid, s'unissait à celle de Madrid. Restent donc deux écoles, l'Andalousie et la Castille.
L'école de Valence nomme avec orgueil les artistes suivants : Juan de Joanès (1523-1579), qui jamais ne prit le pinceau pour peindre les sujets religieux auxquels il s'était exclusivement voué, sans s'y être préparé par la confession et la communion. Vous le soupçonneriez à voir l'onction et la noblesse de ses œuvres, spécialement dans cette Cène, rivale de celle de Léonard de Vinci , et qui est au musée royal de Madrid. Les deux Ribalta (François et Jean), père et fils, morts tous deux en 1628. A dix- huit ans, Jean était assez grand peintre pour unir son travail à celui de son père , et l'on a peine à distinguer les œuvres propres à chacun d'eux. On dit en Espagne : Es de los Ribaltas, cette peinture est des Ribalta. Les deux Espinosa (Jérôme-Rodriguez et Hyacinthe-Jérôme), père et fils, celui-ci élève des Ribalta et mort en 1680 : sa Communion de la Madeleine , une Transfiguration, etc., le rangent à côté des maîtres distingués, par la gravité des compositions et du style, par la
hardiesse du dessin et la noblesse de l'expression. Le fameux José Ribera, surnommé V Espagnole}, procède de ces maîtres, puis du Caravage, qu'il étudia en Italie et dont il subit l'influence plus que celle du Corrès;e. Ce qui domine dans ses tableaux, c'est la fougue, l'éclat, les effets de lumière et d'ombre, et cette alliance du réalisme avec le spiritualisme chrétien, réfugié souvent dans le regard de ses personnages. Au musée royal de Madrid, qui possède une quarantaine de tableaux de l'Espagnolet, nous trouvions la suprême expression de ce génie, éminemment espagnol, dans son Martyre de saint Barthélémy, où il a réuni à la douleur physique, élevée au paroxysme par les contractions du visage et des muscles dénudés, la béatitude céleste dont brillent les yeux de l'apôtre. Il est mort en 1656, et après lui l'école de Valence, comme les petites écoles de Cordoue, de Grenade et de Murcie, se fondit dans la grande école de Séville.
Celle de Tolède fut illustrée par Dominico Theotocopuli, surnommé ël Greco , parce qu'il est né en Grèce, d'où il vint à Venise, puis à Tolède. De 1577 à 1625, il travailla en Espagne, et il y forma des élèves supérieurs à lui, le moine Jean-Baptiste Mayno, Louis Tristan, Pierre Orrente. Il leur légua ses empâtements vigoureux et savants, mais non ce coloris blafard, ni ce dessin fantastique qui donnent à ses personnages un air maladif et un aspect de revenants. Je signalerai, au musée royal, comme parfaite expression de son talent , le Christ mort sur la