CHAPITRE VI
croix : la tête inclinée sur la poitrine et voilée par le clair-obscur comme par les ombres du trépas. Ce tableau est généralement gravé, dans les missels espagnols, en tête du canon de la messe.
On rattache à l'école de Tolède Luis de Morales, né à Badajoz, vers 1509 , et qui n'est jamais sorti d'Espagne. Les Espagnols l'ont surnommé le Divin ; ce n'est pas seulement parce qu'il n'a peint que des sujets religieux; c'est surtout à cause de l'ardente piété qui éclate dans ses petits tableaux, tous sur cuivre ou sur bois, et qui rendent, selon le goût de ses compatriotes, les souffrances de Jésus et de sa sainte Mère avec une poignante énergie. Voyez, par exemple, r ' Eccc Homo et la Vierge aux douleurs } du musée de Madrid. A contempler cette Mater dolorosa, sujet de prédilection pour Morales, ces joues amaigries où les larmes ont tracé des sillons, ces yeux rouges à force de pleurer, ces lèvres pâles, cette bouche entrouverte qui révèle les angoisses de l'âme, ce corps livide de Jésus descendu de la croix et soutenu sur les genoux de sa divine Mère, on ressent la pointe des glaives prophétisés par saint Siméon et qui transpercèrent le cœur de la Reine des martyrs. On doit bien présumer que de telles peintures, si conformes au génie espagnol , auront eu des imitateurs. Aussi attribue-t-on à Morales beaucoup d'ouvrages qui ne sont pas de lui.
L'école de Séville produisit, au commencement du xvie siècle, Louis de Vargas. Ce saint homme, mort en 1568, au milieu des instruments de la pénitence et revêtu du cilice ; ses tablas ou peintures sur bois sont
extrêmement remarquables par l'éclat du coloris, la dégradation des teintes, la grâce et la noblesse des figures, et l'imitation de la nature dans les accessoires de sa composition. Le prêtre Juan de Las Roelas s'immortalisait un peu plus tard par des chefs-d'œuvre entre lesquels on doit distinguer la Mort de saint Isidore, qui forme un retable de l'église consacrée à la mémoire de cet archevêque de Séville. Les Castillo, les Herrera , Francisco Pacheco , viennent encore se ranger dans la galerie des peintres andalous; mais elle atteint toute sa splendeur avec Velasquez, Alonzo Cano, Zurbaran et Murillo.
Le pieux Velasquez de Silva, né à Séville en 1599, avait acquis, dans l'atelier de Pacheco, son beaupère, cette sûreté de dessin, cette vérité qui le caractérisent, avant d'aller à Venise emprunter au Titien, au Tintoret, à Paul Véronèse, leurs coloris prestigieux. Il fut le peintre favori de Philippe IV. La plupart des soixante tableaux qu'il compte au musée de Madrid passent pour des chefs-d'œuvre.
Alonzo Cano, né à Grenade en 1601, était fils d'un cnsamblador, menuisier chargé d'assembler les pièces dont se composent les retables espagnols. Il devint à la fois peintre, sculpteur et architecte. L'église de Lebrija, sur la route de Séville à Cadix, possède un retable, spécimen du triple talent de cet artiste élégant et correct.
Zurbaran, fils d'un laboureur d'Estramadure, et disciple de l'abbé Roelas (1598-1662), excelle à peindre les sujets ascétiques; on y trouve unis la fermeté