CHAPITRE VI
du dessin, la beauté des têtes, la vérité des attitudes à la richesse du coloris, dont les tons clairs cependant ne vont pas jusqu'au blanc, ni les tons foncés jusqu'au noir : trait qui distingue, dit M. Viardot, les tableaux de Léopold Robert.
Murillo (1618-1682), le pauvre enfant de Séville, qui longtemps peignit pour vivre de petites images de pacotille, se place enfin à la tête de l'école andalouse. Sans doute les figures de Nuestra-Senora de Guadalupe, tracées sur de petits morceaux de toile ou de bois, qu'il vendait dans le port de Cadix aux missionnaires partant pour l'Amérique, sont loin de Y Immaculée Conception récemment achetée par le gouvernement français au prix de 586,000 francs. Mais avec quel intérêt on retrouverait dans le nouveau monde ces reliques du génie à son berceau et luttant contre la faim! La fortune lui sourit, et son talent se développa une fois qu'il fut admis dans l'atelier de Velasquez, à Madrid. S'il a peint dans sa vérité la misère du lazzarone, lui le peintre par excellence des lumineuses extases et de l'Immaculée Conception, c'est que son pinceau, toujours espagnol, sait allier à la réalité la magie de l'idéal.
Murillo , dont un fils mourut prêtre et dont la fille unique prit le voile, était, comme la plupart des grands peintres espagnols, un fervent chrétien. Presque chaque jour, à Séville, on le voyait en prière et en contemplation devant une fameuse Descente de croix de Pierre de Champagne, peintre né à Bruxelles en 1503, et qui se fixa en Andalousie. Un jour, le sacristain de
l'église Santa-Cruz tira Murillo de son extase en l'avertissant qu'il allait fermer les portes: «J'attendais, répondit celui-ci, que ces saints personnages eussent achevé de descendre le corps de Notre -Seigneur. »
L'école de Madrid cite, après Berruguete et Becerra, dont nous avons parlé comme sculpteurs, des noms peu connus en France : Navarrete le Muet, el Mudo (1526-1579), que Philippe II appela à l'Escurial; Antonio Moro (1512-1588), le peintre de portraits; Sanchez Coello, le favori de Philippe II; Pantoja de la Gruz; Francisco Collantes, le peintre des paysages et des fleurs. Par Velasquez l'école d'Andalousie influença ensuite celle de Gastille, qui vit alors fleurir Pare] a, Garreno , Cereso , Claudio Coello, mort en 1693, et qu'on a nommé le dernier des peintres espagnols. Malgré les efforts des rois d'Espagne, depuis cette époque, pour encourager les arts, aucun peintre de génie n'a paru pour continuer les traditions des écoles anciennes; et si Francisco Goya, né en Aragon l'an 1746 et mort à Bordeaux en 1832, a produit des œuvres d'une originalité et d'une hardiesse de dessin fort remarquables , elles appartiennent par le sujet aux régions inférieures de l'art, et ne sont pour la plupart que des caricatures.
Nous appelons de nos vœux le jour où les communications de l'Europe avec l'Espagne mettront en lumière tant de noms et de chefs-d'œuvre presque ignorés; ces chefs-d'œuvre, la gravure, la lithographie, la photographie en propageront la connaissance;