‹ L'Espagne, orné de quatre gravures d'après M. Gustave DoréChapitre 78 sur 174 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

ces noms étrangers à notre oreille nous deviendront familiers comme ceux de tant de peintres italiens, flamands, qui sont populaires en France. La musique, comme la peinture, a eu en Espagne ses maîtres , ses compositeurs non moins inconnus; les archives des cathédrales et des monastères recèlent des œuvres, des messes, des motets qui n'en sont jamais sortis, trésors cachés commes les mines inexploitées des sierras et dont nous pouvons soupçonner la valeur par les spécimens exhumés récemment dans la Lyra sacro-Hispana.

Sous quelque rapport qu'on l'envisage , l'Espagne n'est pas assez connue et gagnerait à l'être davantage. Pour ses peintres, il est vrai, ils ont été initiés en Italie ou par les tableaux des maîtres italiens; ou bien encore ce sont des familles italiennes , comme celles des Carducci, des Rizzi, à l'école de Gastille, qui leur ouvrent les secrets de l'art; mais leurs œuvres n'en revêtent pas moins un cachet propre et national qui mérite une étude particulière.

Nous confesserons sans peine que la peinture espagnole, considérée dans son ensemble et dans les sujets religieux, les plus nombreux de beaucoup, n'a pas ce caractère de recueillement, de douce piété, d'onction qui nous plaît et nous édifie dans les écoles primitives antérieures à la renaissance et dans quelques peintres qui, résistant aux influences naturalistes de cette époque , ont su conserver le calme et l'humilité aux physionomies de leurs saints personnages , les attitudes modestes et timides qui rappellent la pré-

sence de Dieu , enfin tous les signes extérieurs de la joie contenue et de la paix de l'âme. Non, ce n'est pas cela qu'il faut demander à la peinture espagnole; et pourtant c'est lui faire injure que de lui refuser d'une manière générale l'expression chrétienne, surnaturelle; ce qui brille en elle, ce n'est pas la tendre dévotion, c'est la piété exaltée; ce n'est pas l'humilité, c'est la foi; la foi passionnée, la prière brûlante qui remue la chair même , selon cette parole du roi-prophète : « Cor meum et caro mea exsultaverunt in Deum vivum : Mon cœur et ma chair tressaillent d'ardeur pour le Dieu vivant. » Voyez les extatiques de Murillo.

Prenons garde d'assigner à l'art chrétien un type unique, trop étroit et trop exclusif. Mon compagnon, fort imbu des idées de la réaction, d'ailleurs salutaire, qui s'opère aujourd'hui parmi nous contre les idées de la renaissance, dédaignait, condamnait même un instant auparavant les ouvrages qu'une appréciation plus élevée lui fit voir comme dignes de tout éloge.

Ainsi, pour nous résumer au sujet de l'art espagnol dans les œuvres religieuses, en peinture comme en statuaire, nous croyons que, pour le comprendre et le bien juger, il faut se placer à un point de vue particulier. Il faut s'affranchir des idées systématiques , absolues , qui placent le type du beau soit dans l'antique, soit dans les ouvrages de la renaissance italienne, soit dans le grossier et plat réalisme qui essaie d'avilir en France aujourd'hui l'art comme la littéra-

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