CHAPITRE VI
images grossièrement exécutées de san Lorenzo,de Santiago , de Nuestra-Senora sous vingt noms divers. Bien que nous fussions logés à la principale fonda ou auberge du bourg supérieur, Escorial de Arriba, nous n'avions qu'un gîte délabré , une pitance détestable, le tout coûtant fort cher. Que de fois j'entendis William Rose, après le règlement de nos comptes d'hôtellerie, chantonner en souriant : L'or est une chimère... Et, lorsque dans sa bourse alourdie les cuartos de billon remplaçaient avec une rapidité dont il ne se rendait pas compte l'once d'or, cette jolie pièce de quatre-vingt-quatre francs, la demi-once, le doublon d'Isabelle II , de vingt-six francs, l'ancien doublon de vingt-un francs : «Gomment, s'écriait-il,
Comment en un plomb vil l'or pur s'est-il changé?
C'est un problème dans tous les voyages. En Espagne, il n'est pas plus difficile à résoudre qu'ailleurs. Sauf certaines routes où les diligences, menacées par les tronçons de chemins de fer toujours croissants, abusent d'un règne qui touche à sa fin; hormis quelques posadas, où les voleurs, délogés des sierras, semblent s'être rabattus pour détrousser impunément les voyageurs, auxquels ils présentent, au lieu de tromblons chargés jusqu'à la gueule, une carte à payer d'une incroyable effronterie, l'Espagne est raisonnable envers les touristes et ne les exploite pas d'une manière exorbitante.
Voici les diverses classes d'hôtelleries qu'ils ren-
contrent. Dans les villes un peu importantes, et placées sur les grandes routes ou au bord de la mer, il y a des hôtels plus ou moins bien tenus , nommés fondas et paradores ; la totalité de la dépense est ordinairement d'une trentaine de réaux par jour, c'està-dire d'environ huit francs. Les posadas sont des auberges ou hôtels du second ordre; on y est en général bien moins traité , et la dépense y est un peu moins forte. Sur les routes, on rencontre les ventas, qui le plus souvent n'offrent qu'un très-mauvais logement, à peine un abri contre les intempéries , et l'on n'y trouve pas d'aliments. Gomme au temps de don Quichotte, le maître de céans, ou quelque Maritorne, répond au voyageur affamé : « Hay de todo : Il y a de tout. » Mais au détail, et en précisant les questions, vous arrivez à constater qu'il n'y a rien, sauf peutêtre un peu de pain et d'aguardiente : c'est le wigwam de l'Amérique du Nord , le caravansérail de l'Orient. Le voyageur agit donc prudemment en apportant des vivres, s'il voyage par étapes : s'il est en diligence, il y aura, partout où la voiture s'arrête, un gîte suffisant et une table servie. Dans les villes, dans celles même qui n'ont pas d'auberges, il peut recourir aux casas de huespedes, maisons d'hôtes, où l'on vit en famille avec les propriétaires de la maison. Les étrangers n'adoptent plus guère ce genre d'hospitalité, bien qu'il permette souvent de mieux étudier les mœurs et la langue du pays; mais il exige qu'on se soumette à une certaine régularité et qu'on affronte la cuisine espagnole, l'huile non purifiée de nauséa-